Australes

3 Décembre 2013: Automatique

Mardi  3 décembre 2013 : Automatique

 

Je rêve ! Ce matin, il y a du soleil.

Ça fait lever un peu plus tôt, automatique. Comme le bon grain de l’ivraie.

J’ai dit ivraie et non ivresse. Ici, l’alcool n’est pas prohibé. Mais est rare sur les étalages. Il faut une autorisation du conseil des sages pour pouvoir en faire commerce.

Les consultations de ce matin commencent tôt. Gilles est aussi un fondu de travail, n’hésitant pas à démarrer plus tôt et finir plus tard. Ce n’est pas pour me déplaire. Autant se faire plaisir au boulot. Et, dans les îles, c’est la grande majorité des professionnels de santé. Accompagner la population = être présent. C’est automatique.

Australes,Rapa,Tubuai,Raivavae,Polynésie Française,mission,automatique

Donc début vers 7h. 3 heures plus tard, 20 consultations faites. Cela me rappelle un certain rythme d’Alès. Vu le départ en fanfare, on doit pouvoir passer les 50 actes ce jour. Je pense que là, nous en sommes déjà pas loin du compte, à 3. Et, j’insiste, ce ne sont pas des constipés. Mais pause. Fruits : nectarine, pêche et brugnon. Pas de café, ni de petits gâteaux. Les rapanuis sont essentiellement végétariens, hormis le poisson. Moins de bourrelet, vous dis-je. Moins de thon. Et pourtant, ils en mangent. Et ça ne traine pas sur les plages ; De toutes manières, je n’ai pas encore vu de plage ici.

 Australes,Rapa,Tubuai,Raivavae,Polynésie Française,mission,automatique

Repas chez Gilles. Une institution. Avec ses filles. Tournoyantes. Gamètes en folie. Super-bon repas. Une cuisine locale, à base de … thon et de poulette. Riz et taro.

Retour au dispensaire. Pour les visites scolaires des CE2 : 8 à 9 ans. En majorité des filles.

Australes,Rapa,Tubuai,Raivavae,Polynésie Française,mission,automatique

Gilles et Kiki font le dépistage automatique: poids, taille, IMC, vision, vaccination.

Pour ma part : En automatique

auscultation cardiopulmonaire : recherche en particulier de souffle (RAA)

dépistage d’une surdité :

1/ Acoumétrie verbale: Test « à la voix chuchotée ou forte ». Habituellement, la voix chuchotée est perçue à 6 mètres et la voix haute à 40 mètres. 2/ Acoumétrie verbale de désignation: Ce test, utilisé principalement pour les jeunes enfants. L’ORL demande à l’enfant de lui montrer une image ou un objet. 3/ Réactions à l’appel: Le patient (surtout les jeunes enfants) reçoit un message d’intensités variables (prénom, nom, interpellation, etc). Ce test permet d’évaluer ses réactions face à l’appel.

Troubles de la statique vertébrale, des genoux et des pieds : scoliose, gibbosité, thorax en entonnoir, genu valgum, genu varum,  pieds plats, pieds équins

Bref, je recherche tout ce qui peut être billard.

Australes,Rapa,Tubuai,Raivavae,Polynésie Française,mission,automatique

A cette vitesse là, nous avons examiné toute la classe en deux heures. C’est vrai que j’ai vu plusieurs enchondromes. Je n’en avais d’ailleurs jamais vu autant. Mais pas de notion de mutation génétique, de transmission chromosomique. Le temps de l’attention, pas celui de l’action. J’en parlerai à Gilles. Il faut pister les bandelettes urinaires, les troubles de l’audition et les anomalies de phalanges. Il va falloir faire ça en automatique. Boule d’oreille = surdité = pb pipi = doigt en plus ou en moins. Simple la vie. Comme un champignon, nucléaire.

Donc libre tôt cet après-midi. Il est 15 heures. Il se met à pleuvoir ! Automatique.

Je décide de partir explorer la Pointe Maomoa. Je vous sens « déboussolé ». C’est la presqu’île qui borde le sud de la baie de Haurei, dans le prolongement du quai.

Kway et repères donnés par Gilles pour prendre le bon sentier. Un container bariolé est placé sur la droite.

Pas de container bariolé. Chat noir, automatique.

Je suis donc condamné à continuer mon chemin sur la route dans l’hypothétique espoir de trouver cette traverse. Quelques pécheurs me montrent enfin l’issue. Au départ, je m’étais bien engagé puis je me suis trompé en faisant demi-tour. Classique et automatique.

Australes,mission,Rapa Iti,Raivavae,Tubuai,Polynésie Française,automatique

J’ai l’intention dans cette aventure de passer au dessus du mont Tepiahu qui culmine à 289 m de toutes ses falaises. Niche des paille-en-queue, qui gravitent au dessus de ma tête. Mais impossible de passer à travers la forêt de résineux qui couvre le chapeau de cette plate forme basaltique. Il faut donc atteindre le col, à une hauteur d’environ 600 feet soit 200 mètres. Je suis alerté de temps en temps par des roucoulements. Non, pas de jeunes filles. Mais du Koko ou pompeusement Ptilinopus huttoni, oiseau typique de Rapa Iti.

Australes,mission,Rapa Iti,Raivavae,Tubuai,Polynésie Française,automatique

Je monte, je descends. Va et vient inutile ! Je le sais. Je le sens. Comme vous ? Mais j’hésite à quitter le confort de cette passe. Il doit bien y avoir un passage vers le mont Tepiahu. Automatique ?

Rien. Rien su mon œil exercé par des années passées dans les steacks tartares, à traquer la yack à servir. Et un kilomètre dans un sens. Un kilomètre vers le Nord, un kilomètre vers le Sud. Sous la pluie. Super ; Au fait, il fait 16°. Ne rigolez pas. Vous êtes bien en Polynésie. Au début de l’été. Chat noir, automatique.

Je décide de m’engager vers la baie d’Anatauri. Mais dans la descente, je croise un chemin sui remonte vers la chaîne montagneuse qui barre le Sud de l’île. Ce rempart va du mont Makatea ( 489m) au mont Pukumaru (605m). Oh, joie. Que vois-je ? Une sente bien tracée qui m’invite vers l’Est. J’abandonne l’idée de passer sur l’arête qui relie le Mont Oranga au Mont Tepiahu.

David Bowie : The Next Day 2013.

Un verger de litchi en friche. Quelques godets. Une citerne. De gros tuyaux noirs. Variété « Sweet-Heart ». Bof, un peu ravagé. Du moins mal entretenu.

Le sentier contourne le Mont Tatautu par le sud. Mais je m’enfonce de plus en plus dans les herbes et ronces, peu accueillantes. Je renonce après avoir cherché en vain une autre passe. A refaire.

Demi-tour. Vers la baie d’Anatauri. Comme vous le savez, elle est écartelée entre la Pointe Mei au Sud et la Pointe Temavee au Nord. En face, comme un bouchon se trouve un motu, l’île de Rapa Iti (encore).

Je vais bientôt vous la sortir cette carte de randonnée. IGN, je ne suis pas sûr. Mais Ingénue, Généreuse et Naturelle, comme Rapa Iti.

Sauvage +++ Marche automatique. Me voici en bas. Je passe des tôles ondulées !!

Ça descend dans une tarodière. Abrupt. Il faut s’accrocher aux branches. Ça glisse bien.

Me voilà au milieu d’une tarodière. Fait comme une rizière. C’est-à-dire eau à tous les étages.

Il faut chercher le passage sans marcher sur les carrés de plantation. Les plans sont noyés par une eau de source qui, par un système de canaux, rejoint le bord de mer.

Je tente de faire la même chose. L’herbe devient de plus en plus haute. Je ne vois plus mes genoux. Je sais. Ils sont assez bas.

La mer est là. Je la sens. Plus que je la vois. Je me déconcentre, ne surveillant plus le piège possible. Marche automatique

Et paf, le chat noir. Un grand trou. Bien rempli d’une boue gluante et froide. De type film d’horreur. Qui veut te digérer, sans mâcher (c’est quand même rassurant, moi qui ai horruer du sang).

Je l’ai vu à la télé. Tu te couches pour augmenter ta surface au sol.

L’appareil photo est resté dans la main, heureusement. Le sac-à-dos est jeté sur la berge. Je sais ce qu’avoir un slip boueux veut dire. Sensation peu agréable, rafraîchissante tout au plus. Et dire que j’hésitais à laver mon bermuda et mon tee-shirt. Et je n’ai pas de couche de rechange ! A prévoir dans les prochaines explo. Ou à poil. Bestial, tu es. Bestial, tu restes. La guerre du feu. De la boue.

Je meurs là ? ça ne serait pas moi le plus embêté. Enterrement de première classe. Ou plutôt enlisement. Pas de témoin. Pas de veillée à la c.. qui perturbe le planning de la famille. Pas de faire-part. Ci gît. Ci, c’est où. Génial, non ? Pas de corps à récupérer, à incinérer. Ca peut pas bruler, c’est moisi. Soyons gai, comme dirait Michou.

Accroché aux herbes généreuses qui me couronnent les épaules, je me hisse sur une lande moins spongieuse. Fada,va !

Je renonce à aller plus loin, je ne sais pourquoi d’ailleurs. J’irai à la plage un autre jour.

Je me suis fait confirmer le lendemain que j’avais baladé dans un marécage.

La remontée se fait de façon automatique. La boue sèche vite, surtout dans mes chaussures. Quant au reste, j’en ferai l’inspection plus tard, sous la douche. Non pas que j’ai perdu la boule (facile), mais il se peut que je serve de transport en commun. Je n’ai pas repéré, dans mes explorations, d’insectes bien répugnants. A part quelques femmes, je veux dire.

Un replat à droite. . Un fut calciné et rouillé. Environ à 2000 mètres du rivage. 200 mètres carrés au sol. Sol jonchés de pierres. Taillées !!!!

Vous connaissez ma curiosité. Petit-fils d’Indiana Jones, de Marco Polo et de Christophe Collomb (tous les trois !). Mon père, déjà, se jetait dans le port d’Oran pour passer sous les bateaux en échange de quelques pièces. J’ai été très jeune à bonne école, mis sur le pot dès ma plus tendre enfance. Foin des couches jetables (je les regrette un peu cet après-midi), j’ai fait du vélo sans petites roues très tôt. C’est vous dire le venin hasardeux qui coule dans mes veines.

Je sens le danger. Automatique.

Là, je sens surtout que ça tire bien sur les bras et le dos quand j’essaie de soulever la pierre qui me plait le plus. Sorte de menhir, taillé en triangle régulier. Avec une encoche travaillée à son extrémité. J’ai du mal à la caler dans sa position verticale, que je sens originelle.

Il y en a encore à peu près une dizaine au sol. De plus petit volume. Mais bien taillées aussi.

Des moaïs ? De petite taille, certes. Mais ça fait rêver. Au retour, je peux aussi vous affirmer que personne n’avait le souvenir de ce lieu. Encore plus de rêve. Découverte, réelle, fantasmée ? Mais qu’est-ce que ça fait du bien. Du miel sur le cœur.

Photo, photo. C’est automatique.

Moai devant le mont Tepiahu. Même Nouvelles Barrières ne le fait pas.

Le chemin au dessus amène à une plantation de résineux, abandonnée. Ne vous y engagez pas. Ça queutte au bout de 500 m. Pas possible de contourner le Tepiahu par le Sud.

Eh, ben ! Pour la peine, je redescends en courant. Croisant des fraises, des fleurs. J’ai mangé les premières, uniquement. Puis direction le quai. Recherche automatique des requins. En fait mon copain, le poisson trompette, puis un Ume Tahiti ou un paaihere.

Douche. Automatique !

Pour revenir à la page d’accueil du site, cliquez sur : Serge

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *