Australes

4 Décembre 2013: Canot

Mercredi 4 décembre 2013 : canot

 

Ce matin, gris, réveil à 6 heures, gris.

Ciel gris. Nuages gris.

Kiki doit passer me prendre pour faire les consultations à Area ; Village situé sur la partie Nord de la baie de Haurei. J’en profite pour peaufiner mes images de la veille. Les dernières photos ne sont pas trop mal. Elles manquent de soleil mais cela augmente le côté sauvage et inexploré. Du noir et blanc à l’ancienne. Pas encore le sépia ; Encore moins le technicolor.

Je découvre sur ma terrasse un pot de confiture locale. Signé Furax, non Alix. Ma voisine. Il va falloir que je l’invite un jour. Probablement ce week-end pour randonner. Mais vu les journées de travail, les rando et la rédaction du blog, je me couche rarement avant minuit. Avec un lever à 5 heures-6 heures, ça patine un peu dans le caramel.

Kiki, agent de santé, est là. Il est 7h30. On prend la caisse grise et le sac d’injection. Direction  le quai.

Canot, canot, canot, canot. Ils sont quatre, amarrés de près. La houle est là pour nous accueillir.

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On monte dans celui qui est au bout du ponton, juste avant le transport scolaire. Ça fait drôle. Les enfants de Area font les allers-retours en canot. Kiki m’explique qu’il vaut mieux posséder un bateau. Une seule route rarement praticable qui s’arrête à mi-chemin. Puis l’aventure. Le crachin se transforme en belle pluie.

Traversée de la baie avec embruns en prime. Pas d’essuie-glace sur mes lunettes. Kiki est debout à l’avant dans sa petite cabine qui le couvre à mi-corps. A droite, les gaz et le gouvernail. La main gauche est ainsi libre pour harponner le poisson et en particulier le mahimahi, la dorade coryphène, qui nage en surface. 

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Canot, canot, canot, canot.

Tiré de http://www.tahiti-tourisme.fr

« On le nomme mahimahi dans le Pacifique, qui signifie « fort », « puissant », en hawaiien. Mais il est présent dans toutes les mers tropicales du globe.

Les scientifiques l’ont baptisé Dorade Coryphène, les anglophones le nomment dolphinfish en raison de sa ressemblance avec le dauphin ; les Espagnols dorado, le poisson doré, pour faire honneur à ses magnifiques reflets.

Ce grand poisson du large aux couleurs éclatantes de bleu profond, de jaune d’or et de vert peut atteindre les deux mètres et peser jusqu’à 40 kilos. Il fait partie des poissons qui ont le plus rapide développement.

Son corps long et aérodynamique lui permet d’atteindre des vitesses de 50 nœuds et de jaillir de l’eau en bonds impressionnants. Le mâle est reconnaissable à son front bombé et à sa taille légèrement supérieure à celle de la femelle. Tous deux ont une espérance de vie de trois ou quatre années. C’est un grand carnivore, il pourchasse les maquereaux, les calamars et les poissons volants mais se nourrit aussi de plancton et de crustacés.

La pêche au mahimahi est très populaire en Polynésie et chaque spécialiste a son secret. On peut les harponner ou les attraper à la traîne, mais quel que soit le procédé, le souvenir  d’une partie de pêche est toujours intense.

Tout commence par l’observation du ciel. Il faut repérer un oiseau qui lui, a vu le poisson et attend qu’il se nourrisse pour dévorer les restes de son repas.

Le mahimahi est un poisson qui se déplace en surface, seul et rarement en couple. Munissez vous de lunettes polarisées et vous verrez sa silhouette électrique sous l’eau.

Une fois repéré, les lignes sont jetées et les leurres tournoient dans les vagues. Quand le poisson est pris, il fait de fantastiques sauts hors de l’eau et tente de se détacher. Le mahimahi est un poisson qui lutte jusqu’à la limite de ses forces. Il se sert de sa prodigieuse capacité d’accélération pour disparaître sous la surface et de sa puissante détente pour faire des bonds et se débarrasser de l’hameçon. L’adresse du pécheur et la dextérité du barreur sont les seules garanties de réussite, car le combat exténuant peut durer plus d’une heure. Du coté des hommes, l’atout maître est le légendaire poti marara, littéralement « speed boat pour poissons volants », un bateau inventé à Tahiti, unique au monde, dont la rapidité et la maniabilité assure depuis des décennies de fructueuses parties de pêche aux amateurs. Au harpon, le combat est encore plus spectaculaire. Le pêcheur manie son bateau d’une seule main à l’aide d’une sorte de manche à balai, comme un avion. Il s’agit pour lui de mettre la dorade du coté où il tient le harpon, le long de son bateau. Commence alors un long combat fait de changements de vitesses et de caps qui met les passagers à rude épreuve ! Enfin le harpon est lancé. L’épreuve de force consiste ensuite à ramener un trophée grand comme le pêcheur à bord de l’embarcation ! Une fois hors de l’eau, le mahimahi va perdre rapidement ses merveilleuses couleurs. Le peintre ou le photographe n’auront que quelques minutes pour immortaliser les teintes sublimes du poisson, que déjà ils devront céder la place au cuisinier, car le mahimahi est un met de choix pour tous les gastronomes ! » 

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Je sors peu mon appareil, photo. Il fait froid et humide. Le canot est trempé. Nous aussi. Merci, Monsieur Kway. J’ai même mis la polaire ce matin. Mais en tong (Mes pieds s’élargissent depuis deux mois). L’intérêt des tongs est que tu crains moins la pluie. Pas de chaussette à enlever, baskets sèches car dans le tiroir. Pour entrer dans les maisons, la politesse exige d’enlever les chaussures, comme là-bas, dis ! Plus facile en sandale.

Consultations des chroniques d’Area. Une quinzaine d’anciens. Renouvellement d’ordonnance simple. Ils vont bien, solides pour leurs quatrième printemps. Pas un ne parle français. Dépaysement garanti. Là aussi, pas de trouble métapsychique détectable. Une anomalie d’oreille, par contre. Ah, ah, Dr Knock. Toute personne en bonne santé est un malade qui s’ignore. Et ici, ils vivent en toute ignorance, au milieu des canots, sous les falaises noires et abruptes. Sauvages, les côtes, sauvages les anciens.

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Ça va vite. Contrôle des constantes, sourires. Dextro, sourires. Vaxigrip, moins sourires.

On finit à 10h30. Quelques nectarines plus loin, je fais un plan de Rapa à main levée. Si, si. Je tiens en face de moi, le meilleur géographe de l’île de Rapa Itii. Moeterauri Tepuaomahu, dit Kiki. C’est plus facile. Bien que je sache que Mahu veut dire « guerrier ». Son nom de famille est marquisien. Probablement un descendant des premiers colonisateurs de l’île. Ceux qui ont habité les forts, construits au sommet de toutes les collines environnantes. Il existe dans cette île de Rapa, 12 forts répertoriés. Certaine encore en bon état, d’autres oubliés. A voir.

Kiki me suit dans mon dessin, redessinant les contours, ajoutant des baies, des îlots, des sommets, corrigeant mes fautes. Les noms surgissent. Oubliée la baie de Bergerac. Conservé le col Dutérin.. Je comprends mieux mes tours et détours des jours précédents. Je connais maintenant le nom des Gulliver : Tepiahu, Orango, Makarea, Tautauru et autres. Hier, je me suis enfoncé dans la baie d’Anatauri. La veille, c’était la baie de Hiri. Aujourd’hui, nous allons reprendre le canot pour flirter avec la pointe de Kutuni. Je vous en promets un tracé détaillé. Si j’ai le temps…

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Repas chez Kiki. J’y retrouve sa femme, ses fils, sa fille et sa petite-fille de 15 mois. Poisson cuit et poisson cru. Délicieux. Riz, taro. Pèche.

Le tarot sert de pain. Poisson mariné dans le vinaigre puis vinaigrette au lait de coco. Un régal. J’hésite à me servir une troisième fois. Mais c’est gentiment proposé.

Je croise deux requins. Bébés. 1,20 m au garrot. Les enfants les ont capturés puis jetés dans un marigot du front de mer. Pas mettre les doigts.

Retour au dispensaire. Rien. On remballe.

Canot, canot, canot. Je ne sais pas faire les nœuds marins…

Il est 12h15. Nous sommes au dispensaire. Le maire rigole quand je lui dis que les filets sont pleins.

Visites médicales d’aptitude à l’emploi (pour la commune) : Gaston Flosse, Oscar Temaru et Taote François. Bonne ambiance.

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Puis visites d’aptitude au sport. 4 Clubs pour 515 habitants, enfants et vieillards compris. Futsal, Basket, volley, kayak. Equipes complètes. Donc tout le monde se bouge. C’est pour cela qu’ils sont moins gros qu’à Tubuai

La journée se termine avec les documents administratifs à remplir.

Mes cantines sont en fait stockées dans un hangar à Papeete depuis trois semaines. Elles devraient prendre le bateau dans quelques jours. Cela n’aura mis que trois mois. En canot ?

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