Australes

8 décembre 2013: Fort

8 décembre 2013: Fort

 

Baie de Hiri, Rapa Iti, Australes, Tuhaa Pae, Polynésie française, Fort

 

Dimanche 8 Décembre 2013 : Fort

La levée du corps fut difficile. Bon. Soyons fort. Depuis dimanche dernier et la kermesse protestante, on prend l’habitude.

Le Haka, le Heiva et le Cosmos (comme ils disent ici) ont plombé le sommeil.  Les déhanchements frénétiques des demoiselles de la nuit n’ont pas rendu Morphée jalouse. Elle m’a pris dans ses bras, comme un gros bébé. Je pense que cela fera partie des soirées mémorables de Rapa Iti. Je peux revenir l’année prochaine. On a fait fort.

Café. Fort.

Ciel gris. Vent fort.

Alix passe me voir. Rando ?

Sac-à-dos prêt. Avec sac poubelle à l’intérieur. Oubli de la bouteille d’eau, du pain et de la confiture. Les randonneurs du jour font fort ! Je choisis short et tee-shirt fluo. Avec mes sandales de marche. Pluie oblige. Boue, froid, vent, brume garantis. Eclaircies ? On espère, fort.

On décide de se rendre à Morongo Uta, 258 m. Dit en Rapanui : « Morangota ».  Il s’agit du chemin que j’ai emprunté il y a quelques jours.  Au col, il faut par contre prendre à droite pour découvrir ensuite une porte. A voir. Je me rappelle avoir repéré une sente bien enfouie dans les fougères. Est-ce là ?

Australes,Rapa Iti,Tubuai,Raivavae,Polynésie Française,fort

Un autre sujet. La religion.

 Ici uniquement catholiques et protestants. En bonne entente. Les catho sont sur Ahurei. Les réformés (la religion prétendument réformée comme on disait au 17ème siècle) à Area. On ne se mélange pas. Il y a aussi 2 familles de Sanito et une famille Mormon.  Groupes religieux pour 515 habitants. 7 religions pour 2000 âmes à Tubuai. Rapa Iti fait fort.

Ça grimpe. Fort, dès le début de la route en béton. Nos discussions deviennent hachées, puis épisodique et enfin inexistantes. Il vaut mieux inexistantes que mortelles. Le paysage est à la hauteur de notre rythme cardiaque. Fort beau.

Enfin, le col. Je vous rappelle son nom : le col Duterin. Suivez. Crénom !

A gauche, dernière explo en direction de la plate forme en béton dont j’avais évoqué la trace. Qui s’avère être l’ancienne station météo. Coincée entre Tauturu et Pukumaru.

A droite en descendant, le chemin pour la baie d’Hiri, sous la tutelle de Pukutaketake. Je vais faire fort comme guide dans quelques temps.

Rapa Iti, Australes, fort

Ce jour, il faut rester sur le col Duterin. A environ 150 metres d’altitude. Sur le col même ; il y a bien une trace. Qui grimpe dans les fougères. Bien repérée de la dernière fois. Cela arrive à un terre plein. Fin de la première exploration. Ensuite série de montées et descentes. Glissantes sous le crachin. Comme d’habitude, je mets mon tee-shirt à l’abri dans le sac poubelle. Bouteille, pain,  confiture (pêche, nectarine faite par Alix : à se damner. La confiture.) oubliés. Kway ? Oublié. Torse nu, donc. Alix a son Kway. Fort, très fort. Il ne fait pas froid.

Je passe en tête pour estimer le chemin à suivre. Eclaircies. Clémence céleste devant nos efforts de pauvre mammifère.

« Regardes, les bœufs sauvages ! Du côté de la pointe Takaragataraga (prononcé, d’une traite, sans bégaiement, à la sauvage, affamé de chaire fraîche. Fantasme. J’ai lu sur la carte avant de l’écrire) »

Alix me regarde bizarrement. J’ai fait si fort que ça ?

Je pointe mon doigt. Pour montrer le troupeau.

Alix me regarde toujours. J’en deviens gené.  Pourtant ce n’est pas le doigt que j’avais dans le nez quelques secondes avant. Je ne désigne pas non plus la dame dont on se moque depuis quelques minutes. Mais bien le doigt dont j’ai coupé l’ongle deux heures avant. Un doigt propre, sans arrière pensée. Même pas majeur.

Alix est située en contrebas. Plus en avant sur la crête qui nous mène au fort. De sa hauteur, elle aperçoit bien, et même très bien un troupeau de chèvres. ..

Sur la même pente, deux troupeaux se suivent à une centaine de mètres d’écart. L’un ignorant l’autre.  Alix voit l’un. Je vois l’autre.

Les fougères rases nous rasent les jambes.  Je regrette mon pantalon. Mais l’esprit de découverte est plus fort que les égratignures qui fleurissent sur nos mollets, d’athlète. Perles d’adrénaline contre perles de sang. Echange correct. Pas de reptile venimeux, pas de sangsue, pas d’araignée velue, pas de serpent vicieux. Des épineux, des ronces, des piquants, des échardes. Que du bonheur !  Et le fort qui est là.

Australes,Rapa Iti,Tubuai,Raivavae,Polynésie Française,fort

Ça monte, ça descend .  Parfois doucement, parfois fort. Glissant même sous ce crachin compagnon.  Plusieurs fois, ils nous faut agripper des branches, saisir des touffes d’herbe, tirer sur des rhizomes. Mais le fort de Morongo Uta est là. Murs construits de pierres sèches. Citerne d’eau de pluie. Remparts vertigineux. Restanques de défense.  Téton central cerné d’un mur en ruine. Imposant. Mystique.  Solennel .  Lourd. Ecrasant. Un donjon ancestral . Rites sacrificiels. Arrachage de cœur et entrailles divers. Une vraie fantasy. Devant nous. Surplombant depuis au moins cinq siècles la baie d’Hiri. Fi des embrunts, du vent salé, des déluges. Les pierres sont assemblées sans liant. Souvent triangulaires, géométriques, trapézoïdales.

Tiré de Suite.fr

« Les Incas, édificateurs de cités impériales

Bien plus tard la civilisation des Incas émergea au 14ème siècle et s’éteignit en 1533, date de leur rencontre avec les conquistadors espagnols qui détruisirent leur culture. Les Incas administrèrent le plus vaste empire de l’époque, domaine qui s’étendait sur toute la Cordillère des Andes, allant de l’Equateur à l’Argentine.

La capitale Cuzco, culminant à 3400m d’altitude et regroupant 225 000 habitants (avec ses faubourgs), est le berceau de cette civilisation. Et le célèbre Machu Picchu (à 2430m), magnifique cité perchée sur les montagnes, illustre la grandeur de leurs constructions. Un ensemble de plates formes, temples, fontaines, entrepôts, terrasses, et canaux, y ont été édifiés. Les Incas construisaient et cultivaient en terrasses afin de s’adapter à la configuration des montagnes. Leurs villes étaient souvent des sites militaires, agricoles, ou religieux.

Excellents architectes les Incas érigèrent des constructions imposantes et ingénieuses. Les formes trapézoïdales des blocs de pierres servant à construire les principaux édifices permettaient de mieux résister aux séismes, fréquents dans la région. Ils utilisaient une technique de construction unique : les blocs de pierre étaient taillés de façon à ce qu’ils s’imbriquent naturellement les uns dans les autres, sans joints pour les lier. Ces pierres étaient taillées avec des galets et transportées par les hommes. D’autres édifices étaient construits avec un assemblage de pierres unies par un mortier. L’architecture Inca était caractérisée par des décors de motifs géométriques, des murs à bossage (où certaines pierres ressortent pour créer un effet de relief), des portes trapézoïdales, des fenêtres et des niches.

Les Aztèques, héritiers d’un savoir-faire ancestral

Une autre grande civilisation croisa celle des Incas, les Aztèques (1300 à 1521), qui avaient pour capitale Tenochtitlan, et qui dominèrent la région de l’actuel Mexique. Comme les autres civilisations méso-américaine la société Aztèque possédait d’habiles architectes qui prirent la suite des Mayas et mirent notamment au point un système d’évacuation des eaux usées, et érigèrent de grands aqueducs afin de ravitailler leurs cités en eau. »

Certains habitants de Rapa Iti, comme Charlotte, trouvent remarquable le lien entre les deux architectures. Et encore. Nous n’avons pas pu juger de la construction, fort ?, établi entre Pukutaketake et Perahu. Au dessus de la cascade aux écrevisses.

De là à dire que les marquisiens descendent de conquérants amérindiens. Ce n’est pas la thèse la plus acceptée.

Humbles, petits, vils, éphémères. Au pied du fort de Morongo Uta.  Gueux face au Seigneur.

Le soleil nous caresse l’échine. Pour nous remercier. Pour notre témérité. Pour notre humilité.

Retour sur cette crête orientée plein Sud. R^ve. Mais garder les pied sur terre. Gare aux entorses, aux fractures, aux luxations. Ce n’est pas le lieu.

Douche. Ordi et film : Rapa puis la vie de Brian

On a fait fort.

Pour revenir à la page d’accueil du site, cliquez sur : Serge

Australes,Rapa Iti,Tubuai,Raivavae,Polynésie Française,fort

2 reflexions sur “8 décembre 2013: Fort

  1. marie-blanche

    Peut-être une ou plusieurs explications lorsque dans ta randonnée tu t’es trouvé devant des vestiges de forts et monuments qui ressemblent à ceux construits par les Mayas et Aztèques.
    En effet j’ai lu, il y a déjà un moment, un livre intitulé « 1421 » écrit par un officier de l’armée britannique, très bien documenté. Il s’agit de la découverte, par les chinois, bien avant Magellan, Christophe Colomb, Vasco de Gama. qui sont très pacifiquement descendus le long des Amériques, ils ont longé les côtes Africaines, tout en construisant le long de ces côtes des monuments s’inspirant de ce qu’ils avaient vu sur leur passage, ils sont sûrement remontés en Chine par la Polynésie. Ceci expliquerait cela ! Tu ne crois pas ? Essaie de trouver ce livre, bonne chance. N’y a t-il pas une B.N sur ton île ?

    1. Serge Billard-Baltyde Auteur de l'article

      Aucune possibilité de trouver un livre ou une revue sur les îles. Sauf à Papeete. Ni en vente, ni en bibliothèque. C’est vrai que l’histoire locale, les légendes et les traces laissent rêveurs. Un tombeau de 1548 a été découvert…

      bises

      serge

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *