Australes

île: 12 Mai 2014

12 mai 2014: Mission sur l’île de Rimatara

 

Je vous déjà parlé de cette île. En bien. Petit confetti (ou confetto? Normalement, ne devrait-on pas utiliser le singulier: mafiosi et mafioso, tifosi et tifoso, spaghetti et …?) perdu dans l’immensité océane. Elle a tout pour séduire les gens de passage. Ronde, douce, joviale, douillette. Tout pour vous retenir dans ses bras. Un certain Lenoir y a fait souche au début du XIXème siècle assurant une grosse partie de la démographie actuelle. Le nom français scintille sur des dizaines de tombes, parfois très anciennes. Il ne doit pas être difficile d’en faire la généalogie. Le plus intéressant serait de savoir pourquoi et comment ce premier germe a échoué sur cet îlot de bout du monde. Rimatara est surtout connu pour ses perruches rouges (Ura en langue rimatara). De nombreux entomologistes, amateurs et professionnels, viennent les observer. Elles sont sauvages mais protégées. Dociles et peu craintives, les séances photo sont souvent agréables. Il reste cependant difficile de leur demander de prendre la pose. Elles se montrent en fin de journée vers 17 heures, venant se frotter au branches de bananier ou de mapé (sorte de châtaigner).

île de Rimatara. Perruche rouge Ura 1

Bref, le charme d’une île de caractère. Loin de la rugosité habituelle des australes. Là, on se nourrit de taro et de manioc. Rimatara vous fait déguster sa choucroute de papaye verte au poisson frais. Et tout à l’avenant. L’art du tressage de pandanus est à son apogée. Les paysages évoquent le bocage normand, verts et rondouillards. L’accueil est naturel, désintéressé.

Elvina l’ancienne et Taraïna la cadette sont les deux infirmières qui m’accueillent à l’aérodrome. Après le passage traditionnel dans les fumées, je reçois les colliers de fleurs en guise de bienvenue.

île de Rimatara avec Elvina et Taraina

Petit aparté. La fumigation de tous les passagers semble liée à la chasse permanente des rats. Il n’y a aucun de ces rongeurs sur Rimatara. Donc aucun prédateur pour la perruche rouge qui peut laisser son nid sans surveillance. L’oiseau Ura est sous protection depuis très longtemps, sur ordre de la dernière reine de Rimatara, dernière île à avoir intégrer, de force, le protectorat français. Les fumigations de l’aéroport sont symboliques. L’arrivant passe devant un brasero d’herbes aromatiques. Mais il est vrai que je n’ai jamais vu un rat débarquer ou embarquer dans un avion avec une carte d’accès à bord. Il n’en est pas de même lors de l’arrivée des bateaux de ravitaillement. Pour le Tuhaa Pae, V actuellement, et presque ou en peut-être même en exclusivité , les procédures sont complexes et formatées. Le cahier des charges est beaucoup plus lourd. Chaque container est examiné avec soin. Des préposés sont en charge de détruire immédiatement tout rongeur qui pointe son museau. Ils le font avec zèle, vénérant leur Ura. Et ça marche. Jusqu’à présent aucun de ces «ratatouilles» n’a pu poser vivant une patte sur l’île de Rimatara. La perruche rouge, fierté de l’île, batifole de branche en branche sous l’œil toujours ravi de ses protecteurs.

Elvina et Taraïna, infirmières de centre médical d’Amaru, me font de grosses bises. Elles sont heureuses d’avoir réussi à infléchir la subdivision des australes. Je suis content de les retrouver. Elles sont à l’image de leur île. Rondouillettes, généreuses et sincères dans leur sentiments. On s’aime bien, tous les trois.

J’arrête là pour quelques minutes mon délire de scribouillard antipodique. Le petit chat que j’ai adopté depuis quelques jours est tombé bruyamment. Je lui apprend à préférer le canapé à ses digressions noctambules. Je lui ai expliqué, pourtant dans un langage clair, le passage par la fenêtre de la cuisine afin de satisfaire ses besoins nocturnes. Il en a vite compris l’intérêt, faisant en plusieurs fois le trajet. Mais cette fois-ci, le petit chat a loupé le passage, se cognant au carreau, retombant, sonné, de tout son poids. Je l’ai baptisé d’un nom prédestiné: «Taote». Eh bien, le taote a encore besoin de faire des expériences. Il y a donc une marge entre la formation théorique et la réalité pratique.

Elvina et Taraïna sont accompagnées par Aline et Nelly. Aline, ancienne institutrice à la retraite maintenant, est la propriétaire de la pension «La Perruche Rouge» (que je vous recommande). Nelly est sa femme de service, assurant l’entretien des bungalows et la restauration des midis. 4 femmes pour un homme! Eh, non. Jean-Luc et Nicolas arrivent aussi. Les présentations sont faites. Jean-Luc vient en repérage avant la visite du Haut Commissaire de la République programmée en cette fin de mois. Nicolas est le seul dentiste salarié de la direction de la santé pour les îles australes. Il fait sa tournée d’hygiène bucco-dentaire pour les scolaires de Rimatara.

Le temps de prendre une grosse collation et me voilà dans un bureau médical. Il est treize heures. Pas de sieste. Je suis venu passer trois jours ici pour mettre ma signature sur quatre certificats officiels. Je reçois donc cet après-midi les familles de quatre enfants handicapés. Il s’agit de renouveler ou de demander la reconnaissance du handicap. Entre-temps je donne mon avis sur certains cas cliniques jugés complexes par les deux infirmières qui travaillent parallèlement. Tout roule et je termine assez rapidement cette première journée de consultation. Je suis impressionné par le travail de mon collègue dentiste. Il examine dans les mêmes créneaux horaires une classe entière, accompagnée par l’institutrice, Pas d’enfant qui pleure, qui fait le corniaud, qui hurle. Sages mais non apeurés. Un premier tri permet à Nicolas de séparer les bouches saines des champs de caries. Les premiers retournent s’asseoir sans bruit dans le hall d’accueil. Les seconds bénéficient d’une liste d’attente pour des soins plus appropriés. Ils passent en bon ordre, roulette, anesthésie et plombage. Pas un mot, pas un cri. Une vitesse d’exécution en rapport avec une énorme expérience de terrain en Afrique noire.

Elvina me prête son vélo ce qui me permet de retourner à la pension. Deux kilomètres environ. C’est agréable. Il fait beau. J’ai officiellement fini ma mission. En deux heures.

Bon, il est 4 heures du matin. Je retourne me coucher. Je n’aurai pas du accepter le café offert par Soraya. Piégé. Insomnie caféinée. Agréable quand même et productive. Cela permet de combler le retard que j’ai pris avec ses foutus virus informatiques. Blog puis ordi plantés. Ruse cognitive pour l’un, formatage et réinstallation complète pour l’autre. Quelques bonnes frayeurs, une dose de découragement aussi, consultation des offres de PC en cours sur Tahiti. Puis le flair, l’intuition.

Pour le site «australes.info», le virus troyen semblait avoir élu domicile dans les headers. Page d’en-tête du site. Image ou texte, menu déroulant ou arborescence? Le plus simple est donc de modifier le thème du site en prenant des grands classiques proposés par WordPress ou l’hébergeur, Mais je perds toute la hiérarchie de mon arbre construite lentement d’erreurs en bugs depuis des mois. Obligé, je désinstalle mais réinstalle aussitôt avec la dernière mise à jour. Paf, ça marche. Coup de chance. Je vous rassure tous les articles et toutes les photos étaient sauvegardés.

Pour le disque dur de mon portable, ce fut une autre histoire. 4 «worms» trouvés et mis en quarantaine. Dont deux sur le disque dur externe qui contient toutes les sauvegardes. A cet endroit, il fut aisé de les détruire de façon définitive. Mais le ver est dans le fruit. Quelque part dans la centaine de millier de fichiers, ralentissant et parfois bloquant tout processus. Plusieurs passage au peigne fin par différents logiciels anti-virus sans succès. Même l’outil proposé par Microsoft est inefficace. Une seule solution: Le formatage. On détruit tout ce qui a été fait ou installé depuis la mise en service de l’ordinateur. Frayeur, je n’ai aucun CD d’installation. Il reste à parier sur une partition du disque dur interne avec une zone sauvegardée, Chance. Windows 8 et le logiciel de Packard Bell sont intacts. Je perds mon environnement de travail habituel mais retrouve enfin mon clavier et vous… Reconstruire.

île de Rimatara. Mutuaura la passe et le port 5

Le matin du mardi est consacré aux consultations ordonnées par les deux infirmières. Je me fais une joie d’accompagner Nicolas en vélo sur le chemin du dispensaire. Cela nous change des embouteillages, des moteurs, des klaxons.

Vers midi, Elvina me propose de disposer librement de mon après-midi. Trois personnes, qui avaient rendez-vous ce matin, ne se sont pas présentées. Je n’ai pas à attendre. Je ne suis pas le demandeur. J’enfourche la bicyclette et file vers Anapoto où habite Nelly. Le repas est prêt. Toujours succulent et exotique à souhait. Les explications sur les viandes, poissons, légumes et fruits sont donnés entre deux coups de fourchette. Après le bénédicité obligatoire.

Tour de l’île classique ensuite en guise de sieste. Je veux en profiter au maximum. Neuf kilomètres en une heure et trente minutes. De quoi rêver devant les paysages de lave déchiquetée par les embruns. De quoi s’extasier devant la sérénité de la baie des Vierges. De quoi jouir de la beauté des vagues aux reflets turquoise, à la crinière blanche ou noire. Les déferlantes sont hautes, montrant leur force. Aucun bateau en mer. Retour à la pension. Il est encore tôt pour se poser. Je pars à pied vers Mutuaura, en passant par le plateau Oromana et son point culminant. Bifurcation par Virivirimaamaa pour rejoindre l’entrée d’Amaru. Plusieurs perruches rouges m’accompagnent. Et pourtant, il n’est pas 17 heures. Me voici devant l’église du village. Le retour se fait en courant. Pieds nus. La forme!

île de Rimatara. Amaru eglise 1

Le dîner permet de retrouver Nicolas, Jean-Luc et de faire la connaissance de Pierre Valentin en compagnie de son épouse Emeline, enceinte. Ce jeune géomètre, fraîchement débarqué de la métropole, effectue sa première mission. De galères en galères, il découvre les joies de l’administration locale. En particulier la difficulté de connexion internet depuis qu’un véhicule sans chauffeur s’est échappé dans une descente pour finir sur le relais électrique. Quand on vit dans les chiffres, il est difficile d’adopter une philosophie.

Mercredi matin. Re-consultations. Mais arrêt à 11 heures car l’avion est prévu en tout début d’après-midi. Je restitue le vélo et me fais raccompagner à la pension. Je vide le bungalow pour rassembler mes affaires. Facile, un seul sac à dos. Celui qui me suit depuis les courses d’ultra-marathon en Mauritanie. En passant par Tegucigalpa, Honduras puis en Aragon par le col du Somport, sur les chemins de Compostelle. Pratique, léger, lavable, avec une multitude de poches à fermeture éclair. Une bonne longueur de cordelette en nylon, deux pinces à linge et un couteau multi-fonction en prime. Même un Ouguya, pièce de monnaie ramassée à Chinguetti. Usé par le sable et maintenant par les embruns. Je redoute le moment où il va falloir s’en séparer.

L’avion est là. Les adieux se font aux odeurs des colliers de fleurs. Une promesse de se revoir bientôt. Carte d’accès à bord. Un dernier regard sous les ailes de l’ATR 72. Une île à respecter, à regretter, à revenir.

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