Australes

samedi 18 janvier 2014: Infirmier

Samedi 18 janvier 2014 : Infirmier

Mahana Maa 18 Tenuare 2014.

Chronique d’une semaine ordinaire au dispensaire médical de Mataura, île de Tubuai. Des consultations, des passages, des conseils. Pas de grosse réanimation. Tout semble un peu fade depuis le poisson-pierre de la semaine dernière.

Mataura,Tubuai,Australes,Polynésie Française, Infirmier

Olivia Ruiz. Le calme et la tempête.

Infirmier J : Absente cette semaine. Ses derniers jours avec nous. Mardi, nous avons fait les visites à domicile avec Noël, comme chauffeur. Je l’ai laissé gérer les patients à domicile à ma place. Elle en est largement capable. Collier de coquillages offert chez une grand-mère. J… n’a jamais fait le tour de l’île.

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Noël s’est fait plaisir de la promener le long des plages d’Aramea, à l’est de l’aérodrome. Puis nous avons refait un dernier tour ensemble, après avoir posé l’agent de santé devant son domicile. C’était peut-être la dernière fois. A savourer. Le lendemain, Pat et moi amenions J… et Alex, l’infirmière libérale remplaçante à l’aérodrome.

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Ça fait drôle de savoir que je vais travailler sans elle. Il va falloir s’habituer. Ce sont ces fameux itinérants. SDF. Paille en queue ou sterne blanche. Ce matin, téléphone. Retour prévu ce dimanche pour sa dernière semaine sur Tubuai. Avant les Marquises. Oiseaux marins de Polynésie. Gilles, infirmier itinérant d’origine chinoise, rencontré à Rapa Iti, va la remplacer pendant trois semaines.

Infirmier D : En poste sur Raivavae. Formé à Tubuai, son domicile actuel qu’il partage avec Pat, infirmière libérale. Pied noir. A réussi brillamment le concours d’infirmier territorial. Doit donc rapatrier ici dans le courant du mois de mars. S’est remis à la pèche avec le kayak. Content de le voir revenir parmi nous. Son exercice isolé sur l’île voisine de Raivavae ne peut que l’avoir bonifié. Sardines à l’escabèche garanties. Skype fréquent bien que les connexions soient difficiles. En tous les cas, 22ème au concours. Concours où s’est présenté..

Infirmier O : Anniversaire de ses 24 ans hier soir, entre bière, pizzas et coliques néphrétiques au Nubain. A réussi lui aussi son entrée dans le monde des titulaires. Va découvrir un poste à Raiatea, archipel des Iles sous le Vent à partir du 22 mars prochain.  Apprend vite et bien.

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Sauf l’orthographe. (Ça me rappelle : les griphes de l’orthograffe.). Je sais que je peux lui confier mon livre de chevet sur les urgences médico-chirurgicales, fait par MSF. Celui qui m’a suivi depuis tant d’années. Il en fera bon usage. Il faut le voir baver devant l’épisiotomie faite au ciseau. D’autant plus ravi de son départ que sur l’île de Raiatea, il existe une boite de nuit. Ici, on n’a même pas trouvé une boite à chaussure pour ranger les cartes de groupe sanguin. Ira mercredi à l’aérodrome  récupérer ses parents. Vieux, comme moi. Ira seul car a son permis de conduire. Nous n’en avons aucune preuve car il l’a oublié en France ! Mérite de prendre sa matinée et un véhicule. Peut jouer les grands, garçons. Pour le moment, entre deux cours de médecine, apprend les rudiments de la plomberie en contrôlant avec moi la citerne qui devrait fonctionner depuis le mois de novembre. Les hommes d’entretien ne la vérifient que dans certains horaires. Ceux où il n’y a pas de coupure d’eau. Comme ça, pas de problème. Tout fonctionne bien. Nous, nous travaillons avec les coupures d’eau. Il semble bien qu’il manque une vanne. Le père de l’infirmier O. va contrôler ça pendant ses vacances sur l’île.

Infirmier M : Une ancienne. Plus jeune que moi. De plus en plus détendue. Efficacité redoutable. Plus de climat de suspicion, plus de doute. Pas d’espionnage. Montre au jeune O. les techniques de base de l’immobilisation en traumatologie.

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Cela complète la mise en place de plâtres sur les fractures. Chacun forme les autres à partir de ses expériences, de sa pratique, de son vécu. Je regarde avec plaisir l’infirmier M. expliquer la pose d’un strapping sur une entorse de cheville. L’infirmier O., élève, est ravi. Moi aussi. Le partage des savoirs. Depuis le temps. Le café, ramené de chez moi, pour une pause détente-travail en pleine matinée, consultations finies. Rires et travail.

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Travail en marcel et short. On peut. Tant qu’on reste bons. Erreur ? Tout le monde peut en faire. C’est même rassurant pour nous professionnels. Nous ne sommes pas des dieux.  Mauvaise hypothèse, oui. Négligence, non. Les règles posées. Ambiance de travail au beau fixe.

Little Village : Solar Sex Panel

Infirmier L : Vient de téléphoner en ce début de samedi après-midi. A des super nouvelles de notre gamin, poisson pierre.  Il revient sur notre île dans dix jours. L’infirmier L. était là ce fameux jour. Aidait l’infirmier M. à la pose de points de suture sur un pied. On sent que l’on se fait plaisir. Ça dépasse le cadre formaté par les 39 heures.  Ce n’est plus du travail. Cela devient de la passion. Je retrouve le nid douillet des fondus du métier.  Une famille composée d’individus extraordinaires.  Extra-ordinaires dans le sens strict. Besoin d’adrénaline. Dérangés dans leur tête ? L’infirmier L. sera demain à l’aérodrome pour accueillir l’infirmier J.

Infirmier G : Ma sage-femme préférée. J’aimerai accoucher. Rien que pour lui faire plaisir. M’a confié que j’étais chiant sous morphine au retour de Rapa Iti. Que mes boubous africains lui faisaient pitié. Que mes tee-shirts étaient blancs. Hier, nous avons passé cinq heures ensemble à courir derrière une femme enceinte. Le gynécologue, en mission sur notre île, avait décidé son évacuation sanitaire en urgence pour Papeete. Madame ne s’est pas présentée à l’aéroport… Premier appel… Je continue mes consultations. Deuxième appel… Il est, dirons-nous, très légèrement énervé… Demande l’intervention des mutois (police municipale). Je prends l’infirmier G au passage. On saute dans le véhicule de la gendarmerie. Je suis le seul à savoir où elle habite. Il est 11h. Il reste dix minutes avant le décollage. 100 Km/h sur la traversière. Pneus et amortisseurs fatigués. Ça crisse dans les virages. Ça saute dans les nids de poule de cette route en béton. On se faufile entre une voiture et un vélo.  C’est pas tous les jours que l’on l’occasion de jouer « Fast and Furious » (pour les jeunes) ou « Starsky et Hutch » (pour les vieux). Musique Rap en prime. J’ai oublié mes lunettes de soleil. Quant à mon bob, je n’ose. D’une autre époque, totalement, irrémédiablement  dépassé. Personne. Nous nous retrouvons sur le parking de l’aéroport pour voir l’avion prendre son envol. Madame arrive au volant de son 4×4… On ne voit même plus l’avion dans le ciel.  8 enfants. N’a pas envie d’aller passer un mois à Papeete, seule. Laisser la maison et les gosses à son mari. Pour aller accoucher du neuvième alors qu’elle sent bien. Mais le chef a dit : « Elle va nous le péter sur la table, son utérus. »

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L’infirmier G décide la seule chose intelligente qui nous reste à faire. Bloquer une place sur le vol de l’après-midi. Qui sera peut-être confirmé pour mercredi prochain. Nous serons donc à nouveau sur le tarmac pour la voir monter dans l’avion. Ou sinon, gendarmerie.  Voilà comment, avec l’infirmier G, nous avons passé notre journée. L’infirmier a compté et recompté son cheptel. Moi, je n’avais qu’une phlébite à mettre dans l’avion. Plus facile et plus compliante. Pour G, « je vais me reposer », « je te laisse mon sac », « je peux rentrer chez moi ? », « mais où elle est ? », « ils embarquent, elle est où ? ». Infirmier G, G de Garde Chiourme.

Ambiance

Infirmier N. : Déjà croisé dans cet article, plusieurs fois. L’infirmier O. est allé planter du taro dans son faapu. Faapu que l’infirmier N. entretient tous les matins avant de prendre son travail au poste de secours de Mahu. A donc 8 enfants. Est la référence des circoncisions sur l’île. Arrive à en faire 14 par jour. Vient au dispensaire nous apprendre. Mon fameux « partage des savoirs ». Docte infirmier N. Un véritable professeur. Le candidat n’est autre qu’un des ses fils. Infirmier O., J., M., présents. Photos. De l’anesthésie initiale à la suture finale. « Enorme ! » Comme on dit maintenant. La circoncision n’a rien de religieux (pardon, Dieudonné). Acte de passage de l’adolescence  à l’âge adulte.  Le jeune blêmit quand je propose de poser des drains trans-tympaniques. Comme en Espagne. A la corrida, quand tout va bien. Les oreilles et la queue. Par contre, photos non diffusées. Ciseaux mal placés !

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Je suis venu aider mes infirmiers sur les bilans de sang du mercredi matin. Le plus dur n’est pas le matériel. C’est le même que celui du siècle dernier…Mais à 6 heures du matin !

J’ai donc rangé mes boubous et mis un bermuda. Le même qu’Indiana Jones. Porté bas, très bras. Type «Cague-Braille » de skateur. Sur un caleçon « Kelvin Klein » dont l’étiquette est largement visible. Le tout avec une chemise aux boutons savamment négligés. Sourires de l’infirmier G dans le bureau de qui je me suis rendu. Félicitations de l’infirmier O.  Il faut se mettre « à la page », mon brave.

Ai croisé les représentants de l’éducation nationale. En poste au collège. Equipe de rugby en place. Invité. Je vais attendre encore un peu. D’abord, je baisse la morphine…

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4 reflexions sur “samedi 18 janvier 2014: Infirmier

  1. marie-blanche

    Ouf ! j’avais perdu le fil ! Depuis ce matin (de retour d’une échappée pour me ressourcer le long d’une grève rocailleuse, ventée, avec des vagues à couper le souffle …), donc depuis ce matin j’ai lu, relu, c’est pas quelqu’un d’autre que toi qui aurait pu écrire ça ! De plus ta victoire sur les « méfaits » de cet horrible poisson pierre . Rassure-moi, il n’y en a pas sur la côte bretonne, avec le réchauffement de la planète ?
    Tes potes, infirmières, infirmiers sont comme toi, sorciers, gourous, chamans …
    Allez je ne t’embête pas plus , même si je te connais bien, jusqu’où vas-tu ?
    Au fait, il est né où le 9ème bébé de ta parturiente ? Bisous

    PS : je vais sur internet ou wikipédia faire la connaissance de « ton » poisson pierre …

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