Australes

Médecin des Australes: dimanche 22 juin 2014

Médecin de l’archipel des Australes

Une perle dans l’histoire des médecins de l’archipel des Australes par le médecin Dr Etchepare J.
Etchepare J. La médecine aux îles Tubuai, Polynésie française. In: Journal de la Société des océanistes. Tome 24, 1968. pp.138-147. Persée

Médecin, Australes

La médecine aux îles Tubuai (Polynésie française). — En 1962, j’étais affecté aux îles Australes, comme médecin de cette circonscription qui comporte cinq îles, très différentes les unes des autres: Rapa, grise, rocheuse, «bretonne»; Rurutu, traditionaliste, toute en vallées et en plateaux; Raivavae, colorée, avec un magnifique lagon; Rimatara, plate comme un atoll, mais verdoyante; Tubuai, ma résidence, aux formes douces, synthèse de la Polynésie sous un climat tempéré. Après quarante mois de résidence dans ce groupe, voici quelques notes sans prétention sur la mission qui m’avait été confiée: être le premier médecin affecté à poste fixe, si l’on peut dire!, dans cette vaste circonscription.

médecin, australes,tubuai

Hier.
Avant 1926, la médecine officielle ne s’était manifestée, dans l’archipel, que par l’intermédiaire des Chirurgiens de Marine embarqués sur les divers bâtiments qui touchaient ces îles depuis leur découverte, au XIXème De cette époque, nous n’avons trouvé aucune information bien que, peut-être, dans les archives du Ministère de la Marine, certains rapports médicaux de cette période, consignent quelques faits et seul, la parole des vieux permet de relater ce qui suit :

« Les divers navires qui accostaient, faisaient descendre un Taote, quand il y en avait à bord. La population allait nombreuse à la consultation, mais beaucoup plus par curiosité, pour le voir, que par foi en ses ra’au; on préférait les nôtres. Malgré tout, ces bateaux déposaient, chez le Tavana, des médicaments que ce dernier pouvait distribuer selon les besoins et en fonction des diverses maladies. Mais ils étaient fort peu utilisés, car le Tahvïa ra’au régnait en maître avec sa pharmacopée, sur le monde de la maladie; il pratiquait beaucoup les massages à base d’huile de coco et d’onguents et préparait des remèdes avec des herbes et des plantes dont lui seul connaissait le secret; ces secrets, d’ailleurs se transmettaient père en fils et ces « familles de docteurs » étaient considérées avec le plus de grand respect. Les solides connaissances botaniques de ces « Tahu’a » les rendaient souvent efficaces, mais parfois on côtoyait très aisément la magie et malgré la christianisation complète, les pratiques et croyances païennes, revenaient vite en surface. C’est pourquoi des médecins de la marine étaient tout juste acceptés, presque par politesse, leur thérapeutique s’avérant si différente des usages en cours dans ce domaine ».

Après la première guerre mondiale, une proposition d’envoi d’Hindous de l’École de Pondichéry, se heurta à un refus catégorique de la population, mais en cette année 1926, M. Teraiteuru, formé en stage à l’Hôpital de Papeete, arrivait à Rurutu : c’était le premier infirmier affecté dans une île de la circonscription et il desservait aussi Rimatara où il se rendait en goélette, quand celle-ci passait par là.

Ce fut ensuite Charles Doom, actuellement éminent pasteur à Tahiti qui arrivait en 1928, à Tubuai et prenait aussi en charge l’île voisine de l’Est, Raivavae appelée encore, en ce temps là Vavitu. Deux postes de secours étaient donc ouverts à Tubuai et Rurutu, les deux îles les plus importantes et les plus peuplées de l’archipel. Le mérite de ces deux pionniers de la « Médecine officielle » était grand de débuter ainsi dans une ambiance peu favorable et leurs efforts patients ne portèrent leurs fruits que fort longtemps après ; il y avait toute une éducation de la population à faire pour qu’elle accepte une forme de thérapeutique nouvelle et pour laquelle elle manifestait une certaine méfiance, car inconnue. Il fallait faire la preuve expérimentale de son efficacité d’autant plus que les consultants avaient, toujours au préalable, été voir d’abord le « Tahu’a » : c’étaient donc tous ceux que n’avaient pu guérir les pratiques ancestrales, qui venaient essayer nos méthodes et celles-ci devaient être efficaces rapidement, sinon ils retournaient chez leur guérisseur, concluant que nos remèdes n’étaient pas meilleurs que les leurs.

En 1930 ces deux infirmiers permutaient et Teraiteuru s’installait à Tubuai et y restait jusqu’en 1932 où M. Tetuamanuhiri le relève. Cette même année, apparaissent à Moerai (Rurutu) et à Mataura (Tubuai) deux dispensaires, premiers bâtiments officiels d’une importance sérieuse.

Dans les archives du Service de Santé du Territoire, nous trouvons qu’en Février 1934, 17 lépreux blanchis, sont ramenés d’Orofara, sur leurs îles d’origine aux Australes, où ils sont pris en main par Charles Doom pour ceux de Rurutu-Rimatara et par Forrest Doom pour Tubuai-Raivavae.

Rimatara, en 1936, acquiert son indépendance médicale avec l’ouverture de son dispensaire à Amaru, et à Rapa un instituteur ayant suivi un stage de formation l’hôpital de Papeete, occupe les fonctions d’infirmier, où «il soigne en particulier les 4 lépreux». Mais n’y en avait-il que quatre ?

Enfin, en 1937, Les Établissements Français de l’Océanie, soumettaient un projet d’affectation de médecin pour l’archipel des Tubuai… qui devait voir le jour en 1962 !

La conjoncture locale de Tahiti pendant la Deuxième guerre mondiale, fit qu’aucun aménagement nouveau ne fut apporté, pendant cette période, aux Australes qui se contentèrent de l’acquis réalisé jusque là.

Mais en 1946, les dispensaires des 3 îles déjà équipées jusque là (Rimatara- Rurutu-Tubuai), deviennent infirmeries par la création de deux lits d’hospitalisation dans chacune, et enfin en 1947 et 1948 Rapa et Raivavae, assez délaissées, se voient dotées d’un poste de secours avec infirmier; les installations étaient rudimentaires, implantées dans une maison louée qui servait en même temps de logement, mais la médecine avait franchi le pas et posé ses premiers jalons : ceux-ci furent affermis par l’ouverture de la première véritable infirmerie en 1951 à Raivavae en 1954 à Râpa.

Ainsi, à l’arrivée du médecin en 1962, chaque île de la Circonscription, était équipée d’une infirmerie, mais était-ce une infrastructure suffisante ? Quelle avait été l’efficacité de ce service jusqu’à ce jour? Comment avait-il fonctionné? Certes, comme nous l’avons dit plus haut, les premiers infirmiers ont eu le grand mérite de s’implanter, amenant des règles d’hygiène et de thérapeutique peu prisées incontestablement, mais il a manqué par la suite un rayonnement, un dynamisme, un esprit missionnaire, qui il faut le reconnaître, ne sont pas les qualités propres de l’esprit Maori.

En effet, les traditions ancestrales étaient les plus fortes et marquaient toutes les étapes de la vie des aborigènes : A la naissance, les accouchements s’effectuaient toujours en famille et c’était la marna ru’ au x qui présidait aux diverses manipulations, plus ou moins de bonheur d’ailleurs et une asepsie tout à fait relative; avec quoique la bonne nature aida beaucoup de choses, les accidents post-nataux et de suite de couches étaient trop nombreux, compte tenu des moyens et connaissances dont ils pouvaient disposer à l’infirmerie.

Ce nouvel enfant était l’objet de soins empressés et dévoués, certes, mais ô combien désordonnés; son allaitement, des plus fantaisiste, lui permettait de trouver à sa disposition, dés le moindre cri, un sein pas toujours aussi fourni en lait qu’il serait nécessaire. En général, propre, bien tenu, coquet même, son lieu de prédilection était les bras de tout son entourage sur lesquels il passait, tyranniquement, jusqu’à ce qu’il marche, tout le temps qui n’était pas imparti au sommeil… de ses parents, et encore !

Venait le temps du sevrage qui était mené avec une méconnaissance stupéfiante de la diététique la plus élémentaire et brusquement, entre 18 et 24 mois, parfois avant, cet enfant qui avait été entouré, choyé, adulé, se retrouve abandonné comme un jouet dont on se serait lassé et qui ne présente plus d’intérêt: toute cette affection débordante était reportée sur le petit frère ou la petite sœur qui faisait son apparition dans la famille: parfois, une aînée, petite maman déjà, continuait à s’occuper un peu de lui.

Puis il rejoignait de son petit pas hésitant, les autres bambins de sa génération, justifiant le qualificatif d’enfant « roi » qu’on lui attribue en Polynésie. Oui, « enfant-roi » peut-être, car dans une première partie de sa vie, il a été le nombril de la famille, dans une deuxième il a été libre totalement de toute contrainte, de toute règle, il n’a fait que ce qu’il a voulu, mais de combien de diarrhées, de rhino-pharyngites, de pneumopathies aiguës, d’otites, de plaies infectées, ne paye-t-il pas cette liberté complète ? Les chiffres de mortalité infantile étaient assez éloquents !

Et lorsque la sélection naturelle avait effectuée son tri, ces jeunes enfants se retrouvaient sur les bancs de l’école où des vaccinations, antivarioliques, le TABDT, le BCG, appliquées avec irrégularité, subies parce qu’obligatoires, leur procuraient des immunités bien fantaisistes.

Cet adolescent, devenu adulte poursuivra sa vie, traînant des plaies coralliennes enveloppées dans une feuille de purau, des sinusites chroniques, puis des gastralgies apparaîtront, des rhumatismes, des bronchites sans fin, ces toux intarissables parce qu’entretenues par cette épine irritative qu’est le tabac roulé dans la feuille de fara. Si par hasard il se sentait vraiment malade, il venait alors consulter à l’infirmerie, mais après avoir déjà largement utilisé, en vain, les manipulations du « tahu’a » qui n’avait souvent fait qu’obscurcir le tableau clinique : celui-ci était toujours fort avancé, parfois tellement aggravé, qu’il se situait au delà de nos ressources thérapeutiques.

Mais devant la mort qui se dessinait, le fatalisme reprenait la première place dans le psychisme de l’indigène et jamais la médecine officielle n’était incriminée, tout au plus taxée d’impuissance, comme la leur. Par contre il n’acceptait jamais de mourir dans une formation sanitaire, hors de chez lui, de son fare, à cause des tupapau et ce détail nous montre bien, combien, malgré la totale christianisation qui datait de plus d’un siècle, les croyances païennes font encore partie de la vie courante.

Voilà pourquoi ce Service de Santé a végété et stagné pendant si longtemps, car il subissait les us et coutumes et n’avait pas la flamme suffisante pour les surmonter et imposer ainsi nos méthodes de vie hygiénique et saine qui avaient fait leur preuve depuis longtemps. Cette transformation devait se faire dans la douceur, sans brusquerie, avec un doigté faisant appel à un minimum de psychologie et de connaissance de ce Maori des Australes.

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Aujourd’hui.
Avec la construction, l’équipement et la mise en service de l’hôpital secondaire de Mataura, avec l’aménagement de l’infrastructure des îles, cette mutation de la Médecine à allure expansive, sera le but à atteindre et le travail de ce praticien, pressenti depuis de longues années, mais qui prenait son poste seulement en 1962.

Comme à Taioahé pour les Marquises, à Uturoa pour les Iles sous le Vent, il fallait aux Tubuai, un hôpital secondaire qui puisse drainer les cas sérieux et les urgences. Sa construction, approuvée par les diverses institutions du Territoire, financée par les Crédits FIDES, était fort attendue par la population de l’archipel, bien que ceci soit un peu surprenant après la lecture du chapitre précédent ; cependant quand on sait que l’indigène est fier et un peu orgueilleux même de son fenua, de son évolution, presque envieux des autres, on comprendra alors son sentiment de frustration vis à vis des autres archipels. Aussi cette formation sanitaire et le praticien qui devait l’animer, étaient, pour des raisons de standing, impatiemment désirés, plus peut-être pour en avoir, que pour les utiliser !

L’implantation de cet hôpital avait été, fort judicieusement, décidé à Tubuai, pour sa position géographique au milieu de l’archipel, mais aussi parce que c’est là que se trouvait le centre administratif et le meilleur mouillage pour la goélette, seul moyen de communication entre les cinq îles. Cela ne se fit cependant pas sans discussion avec les conseils de district des autres îles car, encore une fois, le sentiment de fierté de sa terre les séparait et chacun voulait avoir chez lui, la

nouvelle réalisation. Mais le bon sens et la raison triomphèrent et le premier coup de pioche fut donné en Juin 1963 ; les travaux menés rondement, l’inauguration eut lieu en Mars 1964 par M. le Gouverneur Grimald, tandis que la mise en fonction dut être différée jusqu’au mois d’octobre, l’équipement technique tardant à arriver.

A ce jour, cet ensemble fort coquet, très fonctionnel comprend trois bâtiments:

Dans le plus vaste, prévu pour être agrandi par tranches d’ailleurs, on trouve 20 lits d’hospitalisation, une maternité-pédiatrie de 4 berceaux, une salle d’opération, un poste opéré, radio, laboratoire, salle de consultations, bureau et bloc d’hygiène ;

un peu en retrait se situent les deux annexes, l’une de réserve générale, pharmacie, soute à carburants, garage, l’autre servant de salle à manger, cuisine, buanderie et sécherie. Le tout est entouré de pelouses, de parterres de fleurs et un vaste jardin potager sur les arrières, permet de mêler l’utile à l’agréable.

Nous avions apporté une attention minutieuse, travaillant même les détails, pour l’édification et le fonctionnement de cet hôpital, car nous voulions en faire la clé de voûte de toute notre campagne de renouveau du Service de Santé: ce devait être l’exemple concret, la démonstration vivante des méthodes de thérapeutique et du mode de vie hygiénique et sain que nous voulions inculquer. Il ne

suffit pas, en effet de prêcher la bonne parole à l’indigène; on doit lui prouver par des faits que ce que l’on suggère est vraiment valable. Ainsi, ce sceptique à priori vis à vis de l’inconnu, accepte par contre assez facilement une chose démontrée il apprécie par dessus tout, qu’on ne se contente pas d’émettre une règle, mais une explication qui fasse appel à son intelligence, l’estimant, de ce fait, capable de comprendre le pourquoi de nos dires. Loin d’être traumatisé par ces nouveautés, il en reconnaît et en ressent les bienfaits et les agréments. De retour chez lui ou dans son île, après un séjour à l’hôpital, il essaiera de mettre en pratique nos enseignements, de revivre ce mode de vie qui ne lui a pas, au fond, déplu et dans lequel il s’est trouvé plongé pendant quelques jours; ce sera notre meilleur agent de propagande.

Et pourtant, combien ses habitudes avaient pu être bouleversées durant son passage dans notre formation sanitaire! Lui qui autrefois ne s’hospitalisait qu’entouré de sa famille, il dut venir seul se remettre entre les mains de nos infirmières, lui qui n’utilisait que le robinet d’eau ou le bain de rivière pour ses ablutions, il fit connaissance avec la douche, lui dont la brousse environnante recueillait les besoins naturels la transformant en réservoir de parasites, il apprécia le côté pratique de nos WC, lui qui vivait entouré de mouches et de moustiques proliférant en paix dans les ordures voisines de son fare, il goûta les agréments des cours défrichées, fleuries, esthétiques et apprit à collecter et à brûler les déchets, enfin lui qui s’était adonné aux conserves alimentaires les jours où la mer impraticable ne lui fournissait point son poisson, il découvrit les légumes frais du potager. Seul, la lampe à pétrole brûle toujours toute la nuit, dans sa chambre d’hospitalisation, pour écarter les tupapau… !

Dans cet archipel, c’est incontestablement Tubuai qui a le plus bénéficié de ce «bond en avant» qu’était décidé à lui faire effectuer le Service de Santé. Sa vie se mit peu à peu à abandonner le rythme ancestral et la pratique de nos usages sanitaires s’immisça progressivement dans les mœurs: Si en 1963, 21 accouchements sur 43 se firent seulement à l’infirmerie de Mataura, en 1965, on en compte 49 sur 51 naissances. Maintenant, dès leur 3e mois de grossesse, les futures parturientes sont suivies périodiquement et s’hospitalisent quelques jours avant la date déterminée des premières douleurs. Les nouveaux nés restent à la maternité une dizaine de journées après leur venue au monde, pendant lesquelles leur maman apprennent à les soigner correctement et à les allaiter à heures régulières. Puis, chaque mois jusqu’à deux ans, tous les quatre mois jusqu’à cinq ans, la surveillance mensuelle avec pesées, conseils diététiques surtout au sevrage, examen clinique, permet d’amener à l’âge scolaire des enfants beaux, sains, pleins de vigueur. Si en 1963 le nombre de consultations d’enfants de 0 à 5 ans, fut de 1.088, on en compte 3.342 en 1965, dans le cadre de la Protection Maternelle et Infantile. Il faut reconnaître qu’une institution d’ordre social du Territoire nous a aidés considérablement à faire respecter l’assiduité de ces visites: en effet, la perception des prestations familiales est liée à la délivrance, par le praticien, d’un certificat médical attestant la régularité de cette surveillance infantile. Or un des traits du caractère de l’habitant des Tubuai est qu’il présente un certain attachement aux biens matériels, non pas jusqu’à en être un travers déplaisant, mais suffisant pour qu’il soit sensible à un arrêt des mandats : il n’a pas ce côté léger, imprévoyant du Pau otu ou même du Tahitien, c’est un travailleur sérieux qui utilise sainement ses sources de revenu. Aussi, ceux qu’une explication détaillée de l’utilité de la Protection Maternelle et Infantile et sa démonstration pratique n’avaient pas totalement convaincus, furent assez rapidement persuadés de son efficacité par le retard apporté au paiement de quelques mensualités, différées jusqu’à la présentation régulière et satisfaisante des jeunes enfants. Tout ceci, et c’était l’unique but recherché, a permis de faire diminuer considérablement cette mortalité infantile, notre obsession, inadmissible dans ce pays gâté par la nature.

En classe, ces jeunes entrent alors dans la cadre de l’hygiène scolaire développée sur les instances du service central de Papeete: Pesées, mensurations semestrielles, vaccinations, surveillance clinique, séance d’épouillages, déparasitages sont désormais consignés sur un livret médical individuel. En outre, dès 1965 le Service d’Hygiène Dentaire, créé depuis peu pour lutter contre la carie en Polynésie, effectue une enquête de dépistage dans toutes les écoles sauf à Râpa et les résultats en sont très satisfaisants. D’ailleurs, ils ne faisaient que confirmer les études de Acker et Moortgat, et, plus récemment de Baume sur la carie dentaire dans le Territoire: en effet, seul l’archipel des Australes semblait échapper à ce fléau et on y avait découvert même des cas de fluorose dentaire; l’alimentation traditionnelle devait être la cause de cette bonne santé des dents, mais hélas, depuis quelque temps, l’introduction d’un rythme de vie plus précipité a amené une évolution dans la nourriture des aborigènes: les conserves ont fait leur apparition ainsi que les hydrates de carbone en quantité abusive et les belles bouches saines ont commencé à se faire moins nombreuses. C’est pourquoi, par des enquêtes et une prophylaxie active s’attaquant au mal dés l’âge scolaire, on essaie de conserver aux îles ce sourire éclatant qui en font tout le charme.

Sortant de l’école, cet adolescent, puis cet adulte, commence à devenir moins hostile aux soins pratiqués au fare mai, persuadés qu’ils ont été de la valeur de nos méthodes. Il faut reconnaître, pour être honnête, que, parfois, un concours de circonstances heureux avait servi nos desseins: par exemple dans une île, le chef, de descendance royale, personnage fort influent, se trouvait affligé d’une infirmité fort gênante que tous les ra’au du tahu’a d’ailleurs, n’avaient pu guérir, et pour cause, la thérapeutique ne pouvant être que chirurgicale. Amené à l’hôpital de Mataura, opéré par nos soins et guéri, il devint le meilleur défenseur de la « Médecine officielle », usant de son autorité qui était grande auprès de la population pour l’inciter à abandonner les médications traditionnelles et à venir se faire soigner dans nos formations.

Les aborigènes étaient en outre toujours très impressionnés par les taote tapu, et le fait d’opérer nous a été fort utile, d’autant plus que les interventions se faisaient dans « leur » hôpital et non pas à Papeete : ainsi, au début, nous n’avons pas hésité à effectuer les premières opérations en présence de quelques personnes influentes, chef de district, pasteurs et ceux-ci, frappés autant par l’acte chirurgical qui guérissait que par la confiance qui leur était manifestée en cette occasion par la suite auprès de leurs administrés, nous aidèrent beaucoup,à faire prendre le « virage thérapeutique» auprès de leurs administrés.

D’autrefois, c’étaient des cas spectaculaires qui nous servaient, tel celui de ce brûlé grave à 70% dont le transport sur le chef lieu avait été refusé car désespéré: il réussit à guérir complètement à Mataura en 1 an, mais pendant le premier mois toute l’île vécut intensément la lutte que nous menions contre la mort, instruite du refus de l’évacuation pour sa gravité.

Enfin, pour ne pas traumatiser leur esprit outre mesure traditionaliste, nous utilisions parfois les remèdes des tahua lorsqu’ils se trouvaient appropriés : ainsi pour les massages musculaires nous employions le monoï, dans les bronchites les cataplasmes à la pia, chez les enfants hypernerveux les bains de feuilles de autiy, etc. Tout cela voulait prouver à ces braves gens, que nous cherchions, avant tout à être efficace et que, quelque méthode que ce soit, pourvu qu’elle soit utilisée à bon escient, pouvait être valable.

Le résultat de ces efforts finalement peut se résumer en quelques chiffres arides peut-être, mais significatifs de la fréquentation de nos formations :

En 1963, 18.454 consultations ont été données pour 6.821 cas.

En 1964, 25.453 consultations ont été données pour 9.393 cas

En 1965, 29.725 consultations ont été données pour 10.758 cas

et ceci, malgré la diminution de la morbidité due à la prophylaxie intense.

En effet, au XXème siècle, la médecine ne se borne plus à être curative, elle s’attaque à la prévention des maladies. Nous avons déjà vu précédemment le succès de la PMI dans la lutte contre les affections infantiles, mais chez les adultes il fallait prévenir ces bronchites dues à l’imprudence, ces diarrhées d’infection alimentaire causées par la saleté de même que la surinfection des plaies, ces parasitoses multiples provoquées par la dissémination des fèces faute de fare iti, cette pullulation,enfin, d’insectes et de moustiques due au manque de propreté des cours, au défaut de débroussaillage ! !

Dans ce domaine aussi, la bonne parole fut semée un peu partout, même du haut de la chaire par les diverses autorités ecclésiastiques, et en particulier au sein des conseils de district qui furent investis du maintien de l’hygiène dans leur île; chaque conseiller eut sa zone de surveillance, dut visiter les maisons chaque mois et il rendait compte en séance de l’état de son secteur, de ses progrès ou négligences. Parfois certaines têtes dures refusaient d’aménager et de nettoyer leur propriété: nous pouvions leur appliquer la législature du Territoire qui prévoyait des amendes, données par le médecin. En fait les rares fois où nous dûmes intervenir les peines étaient toujours infligées en nature: aliments, fruits à amener aux malades hospitalisés, journée de travail à fournir au Service de Santé, etc. L’exemple donné eût aussi une très grosse influence sur l’évolution obtenue dans ce domaine: la tenue de l’hôpital lui-même et surtout le comportement de tous ces popa’a récemment installés qui était soigneusement observé par l’indigène. Que serait-il advenu si nous n’avions pratiqué nous-mêmes la propreté, l’hygiène corporelle, le débroussaillage, la lutte anti-moustique, que nous lui enseignions ? Ce «fais ce que je te dis, mais ne fais pas ce que je fais» qui dépasse sa compréhension, n’aurait absolument pas été admis et toutes nos paroles eussent été vaines? Heureusement tous ces fonctionnaires, sentant la valeur de ce qu’ils représentaient, nous rendirent par leur attitude, les plus grands services dans ce domaine de l’Hygiène Générale.

Le problème des grandes endémies fut lui aussi abordé avec énergie.

La lèpre, attaquée avec violence depuis longtemps avec la création, à Papeete, du centre d’Orofara ne persiste que par les cicatrices indélébiles qu’elle laisse à ceux qui en ont été atteints. Aussi, aucun nouveau cas n’a été dépisté aux Tubuai, ces trois dernières années et seul subsistent çà et là des anciens Hanséniens blanchis : 1 à Tubuai, 9 à Rapa encore en traitement de consolidation à la Disulone, mais ce fléau moyenâgeux est à l’heure actuelle tout à fait muselé.

La filariose revêtait, aux Australes, un aspect moins agressif qu’ailleurs, les conditions climatiques plus douces semblant décourager les agents vecteurs; il paraissait, en outre, que ce fut une filariose d’importation, car la plupart des porteurs de microfilaires avaient toujours vécu un certain temps à Tahiti. Depuis 1962, sous le patronage de l’Institut de Recherches, débuta un dépistage systématique toute la population, avec traitement par la Notézine des 547 parasités: de cela représentait 14,7 % de la population. Chaque année, ces campagnes se sont répétées et, en 1965, on ne dénombrait plus que 66 porteurs de microfilaires, c’est-à-dire 1,6 % des gens. Là aussi nous allons vers une éradication complète de cette maladie.

Avec la tuberculose, le problème était plus aigu, car le Polynésien semble être assez fragile vis à vis du Bacille de Koch. Mais ici aussi, sous l’impulsion d’un médecin dynamique, le Service de Lutte Antituberculeuse, engagea la bataille: Ne se limitant point au dépistage des malades et à leur thérapeutique, la prophylaxie fut entreprise à une vaste échelle, Intra-dermo réaction à la tuberculine suivie 72 heures après de la lecture et de la vaccination au BCG de tous les individus considérés comme négatifs, suivant la technique utilisée par la Commission Santé du Pacifique Sud. Nous ne voudrions pas passer sous silence les efforts faits dans ce sens en 1954 et 1961 qui ne touchaient hélas qu’une fraction de la population; mais, en deux campagnes systématiques, en 1964 et 1965, contactant chaque fois la totalité des personnes de 0 à 60 ans sans exception, nous avons effectué ainsi 8.079 IDM et 2.205 BCG. Dans entrer dans les détails techniques, nous pouvons dire qu’en fin 1965, 91,5 % de la population avait une réaction de défense vis à vis du B.K., et le but poursuivi à l’aide de ces campagnes annuelles, est d’amener, soit par immunité naturelle, soit grâce au BCG, la totalité des gens à résister victorieusement à ce fléau majeur du Territoire.

Mais hélas, malgré tous les efforts de la Science Médicale, sous toutes les latitudes,les lois de la nature sont identiques, intransigeantes et immuables : même si l’on réussit à faire reculer le spectre de la mort, c’est toujours elle qui a gain de cause et lorsque malgré notre opposition, son visage grimaçant vient nous arracher sa proie, nous cédons cette fois la place aux traditions: le dernier soupir de notre indigène, si attachant, s’envole dans son fare, sous son toit, au milieu des siens qui ainsi n’auront pas à craindre dans le futur, les tracasseries des Tupa-pau !

Mais que va devenir cette infrastructure sanitaire mise en place à grand peine ?

Comment pourrait-on encore améliorer les institutions médicales et poursuivre l’adaptation de chacune de ces îles, à la Médecine moderne ? Nous pensons que si pendant cette première période, nous avons concentré notre action sur Tubuai et l’hôpital de Mataura, sans pour autant négliger les autres îles puisque en trois ans 420 jours ont été consacrés aux tournées, dans l’avenir, il faudra décentraliser au maximum le Service de Santé, en ce qui concerne la prophylaxie en général et les petits soins, tout en conservant à la formation hospitalière de Tubuai, son rôle pour les cas graves et sérieux.

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Demain.
La persévérance n’est pas la qualité majeure du Polynésien et il est vite fiu de toutes nouveautés surtout si celles-ci, malgré les avantages qu’elles peuvent présenter pour lui, sont, en même temps des obligations. Aussi faut-il sans cesse donner un coup de barre pour le ramener dans la bonne voie, jusqu’à créer un véritable réflexe conditionné, une nouvelle habitude. A Tubuai, ceci n’est pas un problème majeur, puisque le médecin, de par sa présence quasi permanente, suffit à rappeler l’existence des bons principes inculqués. Mais dans les quatre autres îles ? Ce ne sont pas nos passages mensuels avec la goélette qui peuvent soutenir suffisamment la constance des aborigènes : il faut une implantation plus poussée en personnel et en bâtiments.

Déjà, dès la fin de 1965, un second médecin avait été installé à Rurutu, prenant en charge cette dernière et Rimatara. Ces deux îles comptent environ 2.000 personnes,c’est-à-dire presque la moitié de l’archipel et il était nécessaire qu’un praticien leur fut affecté en propre ; passer, en effet, deux ou trois jours de temps en temps auprès de la population, ne constituait pas ce rayonnement suffisant de la médecine dont nous parlions dans le premier chapitre. Il faut une présence physique suivie, quasi permanente auprès de ces gens, qui peuvent être superficiels ou même versatiles par manque de persévérance. C’est la raison pour laquelle nous avons carrément éliminé la solution du médecin itinérant dès qu’un adjoint nous a été proposé, pour lui préférer celle de la partition de l’archipel, plus efficace sur le plan rendement.

Encore faut-il donner à ce médecin les moyens de travailler et compléter l’infrastructure et l’équipement des infirmeries! Cela a déjà été en partie réalisé. A Rurutu, le dispensaire d’origine a été agrandi en 1964, sa capacité portée à huit lits par l’adjonction d’une maternité-pédiatrie et l’on y a construit en outre un bloc cuisine-salle à manger et des sanitaires ; ceci en faisant déjà une grosse infirmerie à l’arrivée du praticien et lui servira ainsi de base arrière. Cependant la topographie montagneuse de cette île isolait les trois villages les uns des autres et il était fort peu pratique aux gens d’Avera et d’Hauti de venir se faire soigner à Moerai. De plus, chacun de ces districts possède son caractère bien propre, ses traditions bien établies. Ils constituent un petit monde autonome les uns vis à vis des autres. Cette rivalité que nous avons observée à l’échelon de l’archipel, puis des îles, est fortement marquée à Rurutu au niveau des villages. Il était raisonnable, dans ce cas-ci, de construire un dispensaire à Avéra qui rassemble 600 personnes et un petit poste de secours à Hauti car la population devait franchir 7 à 8 kilomètres à pied ou à cheval, dans la montagne, à travers cols et vallées pour venir à la consultation de Moerai. En fin 1965, les travaux ont simultanément débuté dans les deux villages et ainsi, le médecin pourra, à l’avenir, aller vers le malade, le soigner sur place et conserver ce contact indispensable pour faire persévérer la population dans les bonnes voies établies.

A Rimatara le problème est tout autre. Cette île luxuriante, la dernière à avoir été découverte par les navigateurs en raison de sa très faible altitude, avec son cimetière marin d’Amaru, a conservé une bien curieuse tradition: toute personne débarquant dans l’île, doit passer dans la fumée et au-dessus d’un feu allumé sur la grève «pour se purifier des maladies venant de l’extérieur» ! Si cette habitude avait due être instituée lors d’une épidémie qui avait ravagé le «fenua» au temps jadis, que faire contre ce nouveau fléau exogène qui s’y est abattu, l’alcoolisme? Il sévit ici plus que partout ailleurs avec une chronicité et une régularité quotidienne dramatique. En effet, outre ses lésions physiologiques que nous n’avons pas la prétention de reprendre ici, c’est toute la vie de l’île qui en ressent les maléfices: l’homme ivre presque en permanence ne va plus que rarement à la pêche, d’où défaut de l’aliment de base dans la nourriture traditionnelle, si bienfaisante avec son apport de protides et de sels minéraux, achats de conserves; mais les cultures, elles-mêmes, sont abandonnées en partie, ne constituant plus une source de revenus suffisante et, faute d’argent, il s’établit, non point une dénutrition malgré tout, mais une malnutrition: les plaies guérissent mal, suppurent, l’organisme se défend moins bien contre les micro-agressions, un état de misère physiologique s’établit, prête à accueillir à bras ouverts la tuberculose. A notre arrivée, en 1962, la situation était assez dégradée en raison de ces séances de beuveries systématiques et collectives, mais, grâce à la compréhension des autorités administratives et à l’intervention personnelle du Chef du Service de Santé alerté, nous avons réussi, en 1964, à faire affecter un gendarme dans l’île, qui, par sa fermeté, devait faire respecter les strictes consignes prescrites, concernant la lutte contre l’alcoolisme. L’année suivante, nombreuses avaient été les dames-jeannes de Piahamani saisies, détruites, les amendes infligées hélas (!), mais nous ne trouvons plus de ces épaves humaines, zigzagant en travers du chemin, les revenus ont progressé,l’état sanitaire de l’île s’est amélioré. Il reste désormais à persévérer dans cette voie et ce sera le travail de ce nouveau médecin de poursuivre le sauvetage de cette population et de continuer à y établir et y affermir les principes de santé entamés dans la nouvelle infirmerie ouverte à Amaru en 1962. celle-ci remplaçant le dispensaire initial de 1936.

Après ce tour d’horizon vers l’ouest de l’archipel, jetons un œil vers le levant pour y considérer Raivavae et Rapa. Autant Raivavae est belle, autant les ressources de sa population sont minimes; la décroissance de celle-ci d’années en années, en dépit de la forte natalité comme ailleurs, ne fait que confirmer son émigration vers des cieux moins plaisants peut-être, mais plus productifs. En fait cette médiocrité ne tient pas à la pauvreté de l’île qui aurait la possibilité de produire comme une autre, mais surtout à l’apathie de ses habitants. Ont-ils été frappés par la malédiction pour avoir laissé partir vers 1934 leur deux Tiki protecteurs, n’en conservant qu’un seul sur l’ancien Marae de Rairua ? Toujours est-il que nous sommes heurtés nous aussi à cette force d’inertie malgré les efforts particuliers qui y ont été déployés: construction d’une infirmerie neuve à Rairua, d’un poste de secours à Vaiuru, district diamétralement opposé, nombreuses tournées. Rien n’a pu remuer ce petit monde et le faire participer de façon active à nos innovations; certes, il se pliait à nos consignes de vaccinations, de dépistages systématiques, mais pour ainsi dire contraints sans y apporter cette compréhension désir de promotion sanitaire que nous trouvions ailleurs: ici, il faut, et ce davantage, imposer que se faire comprendre.

Une dizaine de cocotiers, des caféières, orangeraies, taraudières dans les fonds de vallées, quelques hibiscus et de magnifiques bégonias dans les villages, de la fougère et des framboisiers couvrant les pentes où gambadent en liberté un beau troupeau de bovins, des monts couronnés de crêtes déchiquetées sur lesquelles veillent sept forts vestiges d’un passé mystérieux, telle est Rapa; nous semblons avoir quitté la Polynésie. Mais qu’a donc d’attachant ce bloc rocheux, massif, froid, brumeux dont les falaises noirâtres plongent directement dans des flots sombres et frais, mais ô combien poissonneux? Rien il semblerait, ou plutôt si, cette isolement, cet éloignement de tout, cette paix immense qui plane sur l’ensemble au jour des tempêtes les plus sévères, fixent à cette terre une population même solide qui, même si elle émigrait revient toujours au « fenua ». D’origine ethnique un peu inconnue, tirant sur les Mangaréviens, mélangés de gens des îles Cook, anciens esclaves libérés au siècle passé, des négriers, par Mairoto le héros, les habitants de Rapa sont robustes, sains, gais, éveillés, bien nourris. La tâche était relativement aisée ici, bien que très abondante, le niveau sanitaire étant fort peu élevé.

Il faudra poursuivre cette éducation, mais le grand problème auquel on se heurte pour cette île, n’est pas local, mais c’est celui de son éloignement qui empêche d’y effectuer de nombreuses visites : un médecin de ce groupe Est de la Circonscription serait le bienvenu et il pourrait prendre en charge, ainsi ces deux îles de Raivavae et de Rapa, y ayant le même travail que celui du groupe ouest, laissant à Tubuai le médecin-chef de l’archipel pour superviser l’ensemble et diriger l’hôpital de Mataura.

Mais à tout ce service médical, il faudra donner les moyens de se déplacer et, à ce jour, l’organisation de la goélette administrative, trop laissée à la fantaisie de l’équipage, souvent en mission à l’extérieur de la Circonscription, serait à revoir. En effet de trop nombreuses fois, alors que, seul sur l’archipel, nous avions, soit des tournées à effectuer, soit des urgences à assurer, nous dûmes utiliser tous les moyens de transport et saisir les occasions: goélettes commerciales à la navigation folklorique, bateaux de la Marine Nationale aux programmes de déplacements si stricts !

La bonne et rationnelle utilisation de ce bâtiment administratif, pourrait résoudre la plupart des problèmes de communication, tandis que si les projets de la goélette de santé du Territoire se réalisaient, ce serait une chose excellente d’y grouper Médecin de l’Hygiène Scolaire, Médecin de l’Hygiène Dentaire, moyens de lutte contre les grandes endémies, lèpre, filariose, tuberculose. Ce bateau pourrait séjourner chaque année dans l’archipel, le temps de mener simultanément ces diverses rubriques de la santé en une seule et même campagne, laissant ainsi, le reste du temps, aux médecins de l’archipel, pour parachever en profondeur, la tâche entreprise.

Comment réagiront ces populations si attachantes des « Tubuai » à tous les bouleversements économiques et sociaux de ces dernières années? Eh ! bien, nous hésiterons sûrement moins que pour d’autres à dire: «Sainement», car les qualités particulières de ces îles que nous avons pu entrevoir au cours de ces pages, prévaudront sur les tentations malveillantes: le bon sens, la compréhension dont la plupart ont fait preuve dans cette rénovation sanitaire sont symptomatiques.

Les bons résultats enregistrés sont un encouragement pour les jours à venir et ils ont été notre plus belle satisfaction car, sous les colliers du départ, les yeux humides, entrevoyant bien brouillées je l’avoue sans honte, ces îles chères qui s’estompaient dans le lointain, je me remémorais mon « grand ancien » du premier jour et son commentaire qui celui-là n’était pas une farce: « Tu verras, ce sera le plus beau poste de ta carrière… le meilleur souvenir de ta vie!»

Dr. J. Etchepare,

Médecin du T.O.M.

Taote : médecin.

Ra’au : médicaments.

Tavana : chef de l’île.

Tahu’a ra’au : guérisseur.

Marna ru’au : grand mère, ici plutôt matrone.

Pour Reprendre

2 reflexions sur “Médecin des Australes: dimanche 22 juin 2014

  1. arnaud

    Votre article est très intéressant, il y a 10 ans je suis partie faire une estimation dans l‘immobilier à la réunion et je ne suis pas repartie, j’y ai appris de nombreuses choses sur la médecine ancestrale et cela fonctionne très bien et c’est plus efficace que la médication synthétique

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