Australes

5 et 6 janvier 2014: La nuit du mérou

5 et 6 Janvier 2014 : La nuit du Mérou

Le mérou, ça craint.

Le mérou, appelé Roi en polynésien, Cephalopholis Argus à Rome (je vous parle d’un temps que les moins de mille ans…), n’a pas la côte. Ça craint déjà de par son nom savant.

Le mérou, péché à la pointe de Teonemarua, à l’est de la passe d’Anamoana, ça craint encore plus.

Mais un mérou à 2 heures du matin, là, c’est le pire. Pas par la cagagne, ni par les fourmis dans les doigts (ciguatera).

Mataura, Tubuai, Australes, Polynésie Française, mérou

Surtout que c’est un mérou accouplé avec un bison !! (Bison : marque de tabac du style P4 pour les anciens). Le mérou te désarçonne de ton vieux bison domestique. T’en peux plus d’aller aux toilettes. Tellement t’es essoufflé. Le sang n’est pas sur le papier. Il est sur tes lèvres. Vulgaire ? Non, réaliste.  Belle décompensation respiratoire avec une saturation en oxygène dans les chaussettes sur diarrhée douloureuse. Que tes globules ne chargent pas comme il faut l’oxygène, c’est un peu la faute du charbon que tu as ajouté à grands coups de pelletées, pardon de bouffées, de cigarettes. Mais ça, tous les fumeurs y sont habitués. J’en ai fait partie pendant plusieurs dizaines d’années. Mais qu’ils te fassent ça la nuit du mérou. C’est vraiment lâche. Ils auraient pu attendre quelques heures de plus. Le temps de colmater la tuyauterie intestinale et de jeter le fond de mérou qui reste dans la casserole. La dernière fois c’était vers le mois de novembre. Ce bon docteur t’avait gardé pratiquement 24 heures dans une chambre alternant joyeusement cortisone, bronchodilatateur, oxygène, antibiotique et sieste. Une fiesta mémorable, comme une grande cuite. Celle qui te met le chapeau à la place des paupières. Celle que tu jure être la dernière. Avant la prochaine. Et pourtant là, tu avais rangé le bison dans l’étable. Depuis ce jour, tu avais ignoré sa présence. Même si tu en rêves la nuit et que tu dis qu’une petite discrète, en fond jardin… Sale mérou quand même.

Tubuai, Mataura,Australes,Polynésie

Cette nuit là, en plus. Pauvre pêcheurs …de mérou. Priez pour eux

Paroles de Pauvre pêcheur de Gilbert Bécaud :

Toi qui traînes ta vie comme un filet de pêche,

En marchant tête nue vers les voix de l’amour,

Tu sauras qu’ici-bas où chacun se dépêche,

Les joies éparpillées font aller et retour.

Tu regardes le ciel comme un cadeau de noce.

Tu espères de lui des escaliers d’argent

Et puis, désabusé tu reroules ta bosse

En courant comme un fou parmi les océans

Sur ton beau navire

Qui a pour nom  » Janot du Matin « .

Il y a le bon, le pire

Que tu tiens entre tes deux mains.

Toi qui pêches au soleil, pauvre pêcheur de lune,

Toi qui pêches, à la lune, pauvre pêcheur d’été,

Tu essaies d’attraper les étoiles une à une

Et chacune est pour toi ta pièce de monnaie.

Dans ton filet parfois un mérou, tu captures

Et, dans la nuit, ce mérou te torture

Et la nuit tu vas au dispensaire

En la médecine, tu espères.

Elle t’a débarrassé du bison que tu fumais comme un fou

Elle va s’occuper de tes intestins chavirés par de c..de mérou

 

Je ne sais pas si on peut faire pire. Mais ça date de 1955. Année bien moins bonne que la suivante.

Y a mieux, plus exotique. Chanson de Alice Nine

Parole de Merou Ni Shizunde:

Me wo sarashite okuridashita machikado Todoku hazu no nai tayori wo machiwabiteru no deshou ka? Itsu mo o-wakare no kotoba ni « sayounara » wa tsukawanaitte itt atashi wa hitori Hora kotoshi mo hana ga saite Mata ichirin mata ichirin kokoro ga kareteiku yo Kami-sama o-negai inotte maita tane wa Anata to tokeru Yukidoke mizu ga kieru goro kono mi wa kareteku no die te daidai tedive te daite Furisosogu kokoro ni ima sekishoku no tegami ga todoite mo Modorezu ni shizuka iki wo tomete mabuta wo tojiru no

Bravo à celui qui pourra traduire. 

Mataura, Tubuai, Australes, Polynésie Française, mérou

Bon, le mérou et le bison. C’est une jolie histoire. A Deux heures du matin. Malheureusement, il faut faire la queue pour l’aérosol. Un autre indien Lakota, un chaman nommé Bison Noir, fume déjà le calumet de la paix pulmonaire dans le grand tipi des urgences.

Nous sommes ce soir sous la domination de Taal : Dieu de la nature et des lieux sauvages.

Les Clercs de Taal peuvent utiliser tous les sorts de Magie Mineure et de Magie Elémentaire ainsi que les sorts suivants :

– Rafale de Vent : Magie de Bataille niveau 1. L’obus d’oxygène

– Eclair : Magie de Bataille niveau 2 : L’otoscope et parfois le laryngoscope

– Brouillard Mystique : Magie de Bataille niveau 2. L’aérosol de ventoline-atrovent

– Forêts Illusoires : Magie Illusoire niveau 2. La chimie salvatrice : corticostéroïde

Comme à l’accoutumée, il est nécessaire que le Clerc ait atteint le niveau requis pour lancer chaque sort. Nous ne  recrutons donc au dispensaire médical que des infirmières diplômées. Avis aux volontaires. Mérou nous amène cette histoire ? Chaman tout l’air d’être pas vrai !

Mérou vous non donc à nos urgences. L’aérosol se termine bien. La ciguatera aussi. La nuit aussi. Malgré le concert organisé par la mairie.

La journée est bien calme. Le mérou dort. Au large, je le souhaite. Pas dans une casserole. Cela fait déjà cinq mérous, cette semaine.

Quant au Zika, je ne vous dis pas… C’est la Giga-Zika. C’est dengue comme épidémie. Ça gratte, ça fatigue, ça donne des douleurs articulaires et musculaires, ça bourgeonne, ça gonfle les poignets et les chevilles, ça rougit les conjonctives. Je sais. Je l’ai eu. De retour de Papeete.

Alors c’est pas le moment de manger du mérou ! Point.

Mataura, Tubuai, Australes, Polynésie Française, mérou

Dimanche, Laurie et sa petite famille sont venus préparer une bolognaise. Julie était de la partie. Non seulement Laurie fait bien à manger, mais en plus du côté gastronomique, j’ai surtout apprécié un peu de présence. De voir le petit Raphaël et son accent, le voir jouer avec son père. Rire à table, faire la vaisselle sous la pluie, péter. Quoi, être un gosse. J’ai l’impression de retrouver un peu de famille. Ce matin, en plus j’ai eu Laudine comme toutes les semaines et enfin Clovis sur Skype. Ça fait chaud au cœur d’entendre ces c. de gamins. Quand tu es loin, tu vis ces brefs instants de façon plus intense, plus directe, plus essentielle. C’est probablement ça qui retentit sur mon moral.(Bipolaire ?). Ce besoin de patriarche. Savoir que ta famille, la vraie, la créée, vit ses rêves, ses accrocs et ses joies. Qu’elle s’en fout de toi, ou pas. Mais qu’elle te le dise, te le gueules, en face. C’est peut-être ça les années qui passent. Les bonheurs ne sont plus les mêmes. Les déceptions ne sont pas dans le même registre. On ne le sait pas à 30 ans. On ne peut même pas l’imaginer. A bientôt 60, on aimerait leur crier notre vérité. En sachant qu’ils ne comprendront pas. Ils la trouveront tous seuls dans quelques dizaines d’années. En faisant les mêmes erreurs, les mêmes conneries. De bons souvenirs mais aussi quelques bonnes fessées cuisantes. Comment voulez-vous combler ce fossé quand vous savez que certains ne connaissent pas Janis Joplin ni l’auteur de « la maman des poissons » ? Et, je ne vous parle pas de Graeme Allwright. Un fossé ? Que dis-je ? Un gouffre, un abîme, un monde, un univers. Bon je ne dis rien sur les SMS. Allez, je les aime bien, mes petits, comme disait Roger Couderc, né un peu après moi, en 1918. Au fait sur FB, je suis né en 1914. Je vous demande un certain respect dès à présent. Je me suis fait barrer de certains sites X à cause de cet âge. Ils assurent au niveau médical, les mérous (pardon les maquereaux).

Il pleut, il pleut bergère, rentres tes mérous !!

Un coup, il pleut. Un coup, il fait soleil. Temps d’essuie-glace.

Lundi un peu accéléré. Car Olivier ne rentre que ce soir d’un séjour à Papeete. Il est allé voir son père à l’hôpital. Il rentre rassuré. C’est bien pour le fils. Mais surtout pour le père.

Une luxation de pouce datant de plus d’un mois. Une déchirure partielle d’un tendon d’Achille. Une escarre de stade 4 sur l’avant-bras de Julie, pleine de fibrine (la plaie, pas Julie, la plaie…Une plaie, Julie ?)

Galette des rois. Gros rires de Raphael. Un téléphone portable avec deux gobelets et une ficelle.

Pas de mérou.

Pour revenir à la page d’accueil du site, cliquez sur : Serge

4 reflexions sur “5 et 6 janvier 2014: La nuit du mérou

  1. marie-blanche

    si tu le « pêches » TON mérou …. fais gaffe, c’est un gros malin qui t’attend à chaque coin de rochers, il te guette, déjà rien que son regard tue, toi ne le lâche pas des yeux, si c’est le cas, tu es bon, il te harponne, une fusée et hop ! un bout de doigt en moins …. si tu es au dispensaire, c’est bon, je cours te voir, mais moi ici où j’habite, au fin fond de la France profonde, je farfouille dans la vase de l’Ennuyée, je ramasse mon bout de doigt et (comme je peux pas conduire) voilà que passe un pompier, ou une pompière de Ste Jalle, (style Mlle Recordier) qui m’emmène à la clinique de la main, « fontvert » je crois.
    Voilà tu me déteinds dessus, mais ça me fait du bien d’aller dans tes délires, surtout en ce moment, ça me rajeunit et du coup je me repasse le film à l’envers, nostalgique, du jour de votre arrivée à la cure, Laudine dans tes bras …. stop, stop, c’est pas bon pour mon mental.
    Allez continue tes récits ça m’enchante. Bisous d’une arrière grand-mère, d’une ex-belle-mère aussi !

  2. Laudine et Adam

    Juste un petit coucou de Sète…

    Ibrahim fait la sieste pendant qu’Adam regarde les photos de ton blog qu’il appelle « la piscine de mon pépé »…

    Bises et bon courage.

    Laud’

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.