Australes

9 mars 2014: Ordinateur

Ordinateur

Ordinateur, ordinateur, ordinateur, ordinateur, ordinateur, ordinateur. On vit vraiment avec un ordinateur.

Ordinateur: Cesaria Evora – Album 2013 : Mae Carinhosa

Ordinateur: Téléchargement de Spartacus Blood and Sand S01E13 Final et Madagascar 3, pour la petite Anaïs

Ordinateur: Une nouvelle semaine, riche en rebondissements.

Après un week-end tout en douceur. Tiare et sable, sourires et rires, saveurs et gourmandise.

Ordinateur, Tubuai, Australes, Papeete, Tahiti, Polynésie Française

Ordinateur: Lundi, début de la formation « informatique ». Rendez-vous à 8 heures dans le local de la cellule « Tuamotu-Gambier » sis dans Papeete. J’adopte une certaine laxité dans mes horaires car je suis tributaire de mes trois chauffeurs (la classe : une maison de rêve au dessus de la baie de Punaauia, sur le front bleu turquoise de Moorea, les pieds dans la piscine et trois chauffeurs… Jaloux, va !). Comme tout un chacun, ils règlent leur maisonnée sur leur vie professionnelle. Le lever au chant du coq est quotidien, variant selon les occupations vers les 4 ou 6 heures du matin. A 7 heures, la maison est déserte. Comme dirait Brel, le bien nommé des îles Marquises, « On se lève tôt, chez ces gens-là ». Cet effort matinal et donc les règles d’hygiène de la veillée qui en découlent me semblent redonner une certaine valeur dans cette contrée à la notion de travail. « L’avenir appartient  à ceux qui se lèvent tôt » Et, pouf, encore un adage. Il radote le vieux Bibi. Promis, j’arrête.

Donc, lundi. Rendez-vous avec le patron de la cellule des Tuamotu-Gambier. Ordinateur.

Baie de Punaauia 3 Ordinateur, Tubuai, Australes, Papeete, Tahiti, Polynésie Française

« Le vaste territoire de Polynésie Française est constituée de cinq archipels, 118 îles dispersées sur un espace océanique vaste comme l’Europe, pour une population d’environ 270 000 habitants dont 80% concentrée sur Tahiti et Moorea. Son centre administratif et sanitaire, Papeete, est distant de plus de 1500 km de certaines îles.

Ces caractéristiques géographiques et démographiques posent le problème d’une organisation coûteuse, conjuguées à l’exigence sanitaire qu’à le Pays d’offrir à la population une structure sanitaire ouverte en permanence, sur chaque île habitée. Cela impose un important secteur public, seul en charge des archipels éloignés alors que les offres de soin privées se concentrent sur l’agglomération urbaine de Papeete, à Tahiti, et sur Moorea.

Aussi, directement rattachées à la direction de la santé, 126 structures publiques de proximité sont-elles réparties dans 78 îles pour assurer des soins sur la plus grande partie du territoire : 4 hôpitaux périphériques, implantés à Taravao (presqu’île de Tahiti), Moorea, Uturoa (Raiatea, Îles Sous-le-Vent) et Nuku Hiva (Marquises) ; 7 centres de consultations spécialisées ; 20 centres dentaires ; 13 centres médicaux ; 17 dispensaires ; 22 infirmeries ; 43 postes de secours.

Des missions sont organisées par la direction de la santé pour les îles qui ne disposent pas d’une présence médicale permanente.

Pour compléter ces moyens un réseau inter-îles de médecins, géré par le Centre hospitalier de Polynésie française de Pirae, organise des consultations spécialisées ponctuelles auprès des patients éloignés.

Mais ce réseau ne permet pas de faire l’économie d’un dispositif d’évacuation sanitaire (EVASAN) coûteux, qui prend en charge le flux des patients transportés dans le cadre de l’urgence ou devant bénéficier d’examens spécialisés ou d’hospitalisations programmées, tant en Polynésie française qu’en métropole et en Nouvelle-Zélande, pour les cas les plus graves. » Tiré de Tahiti Info

Ordinateur, Tubuai, Australes, Papeete, Tahiti, Polynésie Française

Ordinateur: Donc, informatique et télémédecine au programme. Deux heures après, nous avions fait le tour du problème et conclu le stage de la semaine. Un grand vide pour le reste de la semaine.

Deux missions.

Continuer mon errance administrative dans les couloirs et bureaux de la direction de la santé. Cela fait un peu aquarium mais je m’y sens bien. Confort douillet et sans surprise. Ronronnement des climatiseurs sur des lieux et des personnages immuables. Y passer sa vie ? Pas pour moi, ou alors quand je serai vieux. Pardon : Quand je me sentirai vieux, prostatique et rhumatisant. J’aime cependant y croiser certaines personnes. Caractères trempés ou cadres avenantes. Plus besoin de se présenter ou de prendre rendez-vous. Partage de café ou de maa. Discussions à bâton rompu. On me confie l’informatisation des données de la cellule des itinérants (service assumant les remplacements d’infirmiers ou de médecin dans les différents archipels). Il s’agit de réaliser l’automatisation de la rédaction de divers documents nécessaires au départ en mission d’un employé de cette cellule. En clair, établir un publipostage à partir de données mises en tableur. Pas de programmation. Dont je ne suis pas capable d’ailleurs. Ordinateur !

Rendre en nature toute la gentillesse du couple Alix et Sylvain qui m’héberge pendant ces trois longues semaines. Vaisselle, ménage, courses, accompagner la petite à l’école, téléchargement-cadeau de dessins animés sur mon ordinateur. Je ne parle pas de la cuisine. La concurrence est rude. Mes omelettes et mes spaghettis ressemblent à des peintures rupestres devant l’art culinaire déployé sans effort par Alix dans cette villa Médicis de Punaauia. Un autre Sylvain, son successeur dans les formations agricoles (culture, élevage et transformation des produits), apporte lui aussi son lot de dégustation et de gourmandise. Donc vaisselle et ménage. Je me suis fais plaisir à amener la petite Anaïs au portail de son école. Un rôle de grand-père… Sylvain, le formateur, est parti en mission à Rimatara, me laissant sa voiture.

Panne. Chuintement. Vapeurs. Témoin sur le rouge. Arrêt brutal, sur le premier parking. Ouverture du capot. Chaleur mécanique et ambiante mélangée. Ouverture prudente du réservoir d’eau. Vide. Bouteilles d’eau quémandées dans les maisons voisines.

Ordinateur: Frantz Ferdinand : Ulysses, album Tonight

« Coucou, Serge »

Qui me connait dans ce quartier ?

Au volant de sa petite voiture, madame la Directrice de la Santé.

« Les délais de recours sont dépassés pour ton infirmière. Tu as perdu. »

La voiture repart. Il est 7h30. Je reste comme un c.., mes bouteilles à la main.

4 mois de procédures pour rien.

Rebondir devant ce vide sidéral qui couronne ma carrière dans les australes.

C’est là que les deux missions ne font qu’une. Sans la panne, j’attendrais encore cette non-décision. Electrochoc comme un condamné. «Innocent, je vous l’assure, monsieur le Procureur. » Je préfère par atavisme professionnel le terme « choc électrique externe ». Normalement, il est censé relancer la vie. Quelques centaines de Joules et hop.

Ma disponibilité involontaire me permet d’avoir quelques soubresauts premortem. Je retourne donc à la direction pour afficher mes spasmes et mes lividités cadavériques. Je ne laisserai pas Thanos m’emporter et m’achever dans un bureau obscur en ruminant mes échecs passés et à venir.

Je postule de fait à la cellule itinérante.

«Ici, ce n’est pas une agence de voyage. C’est moi qui décide.»

Malgré mon cadeau informatique.

J’aime le ton et le caractère.

Je confirme par mon cv que je suis bien diplômé en Santé Publique.

Je file voir la DRH. Explique en détail mes problèmes. Qu’elle écoute patiemment, bien que connaissant d’avance la plupart des grands traits.

«Bienvenue à la cellule itinérante»

Je fais le siège du bureau de la directrice, tel un eczéma.

« D’accord, pour une mutation rapide sur Rurutu puis le recrutement au sein de la cellule des itinérants. »

Voilà, je quitte, sur un échec, le dispensaire de Tubuai et ma bande de copains. Je pars sur Rurutu, la seule île de l’archipel des Australes qui m’était encore inconnue. Pour un mois. A la suite de mon copain Raymond et de son épouse.

Je serai donc moi aussi un de ces oiseaux migrateurs dont j’admirais le plumage dans quelques réflexions antérieures.

Echec. Oui, échec de cette partie de contrat. Remettre en route le dispensaire de Tubuai. Un travail de titan, du sol au plafond. Des perspectives énormes, des projets qui bourgeonnent toute la journée. Des implications cicatricielles dans les circonvolutions neuronales. Mais sans aide, sans soutien. Surtout ne rien déranger. Il faut ranger la bibliothèque sans toucher les livres.

Mais je n’ai qu’une vie et qu’une passion (les autres sont inavouables). C’est donc maintenant le grand, le vrai départ.

Je me le suis fait graver sur la peau.

Ordinateur, Tubuai, Australes, Papeete, Tahiti, Polynésie Française

Mais vous attendrez encore une semaine pour la traduction.

Ordinateur : Hawksley Workman, the delicious wolves

PS : Au fait, la panne. Connecteur du faisceau électrique. Confirmé par le garagiste. Bon diagnostic !

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4 reflexions sur “9 mars 2014: Ordinateur

  1. marie-blanche

    Etrange : n’était-ce pas un coup monté la panne ? Dans la vie, bien souvent il y a des « évènements » qui chamboulent les projets. C’est peut-être pas plus mal et puis on s’adapte. Et bien voilà tu vas remettre en route le dispensaire de Tubuai, pourquoi pas ? Te sens-tu capable ? Je pense que tu dois avoir la possibilité (tel que je te connais !) de mettre de l’ordre dans la bibliothèque sans bouger les livres …
    Je craque pour ton superbe tatouage , il paraît que les maoris sont des spécialistes de cet art, et en effet leur représentation est le récit d’une vie. Comme la tienne est bien remplie je suppose que ton tatouage représente seulement le 1° épisode ?
    Allez bisous mon bon docteur , tes oreilles doivent siffler ? Avec les Wyns on évoque des souvenirs où tu as grandement ta place, ça rajeunit …

  2. Valérie

    Superbe tatouage !
    Bonne chance pour le nouveau dispensaire.
    Ouille, ouille j’ai pas mal de message à lire mais pas grave car c’est toujours un plaisir de vous lire et admirer vos magnifiques photos.
    Biz

    Valérie (la fan de scrapbooking et de vide-grenier)

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