Australes

7 et 8 janvier 2014: Tête

Mardi 7 et Mercredi 8 janvier 2014: tête

 

Mahana Piti et Mahana Toru Tenuare 2014 : Tête

On va commencer à l’envers :

ACDC : « It’s a long way to the top »

Spécial dédicace pour mon petit frère. Derrière, je te mettrais Van Hallen : «Tatoo». ça nous rappellera le week-end passé à peindre la 2CV dans le garage de Saint-Priest.

Australes, Polynésie Française, Tubuaï, tête

Donc, nous sommes mercredi soir. Il est 21 heures. Je traine encore car on a un malade hospitalisé depuis ce matin pour mal de tête. L’examen clinique est toujours normal. Aucun signe d’atteinte, aucun symptôme, aucune plaine, en dehors des céphalées. Mal de tête que l’on calme par des perfusions de paracetamol. Paracetamol qui est censé éviter la fièvre. Fièvre qui continue de grimper allègrement depuis ce matin. Le gamin,  20 ans, en pleine forme, est arrivé ce matin avec un petit 38.2°. Il est ce soir, après 3 grammes en intraveineux,  à 39.6°. Pas plus, à part mal à la tête. Aucun signe de méningite (je rassure toutes les mamans potentielles). Cela ressemble beaucoup à la dengue. Epidémie qui sévit en Polynésie mais nous a épargné jusqu’alors. En fait 4 jours de fièvre nue, sauf maux de tête. A surveiller. Quelle prise de tête !!!

Glace, enveloppement dans un drap mouillé donc froid, douches à répétition (heureusement que la citerne fonctionne car coupures d’eau). Je réfléchis. Plus j’y pense, plus je crois à un J2 de dengue. J’ai appelé le centre 15. Qui conseille d’ajouter de l’amoxicilline (pénicilline) en intraveineux pour parer à une leptospirose potentiellement beaucoup plus grave. Il faut vous dire que nous sommes loin d’un hôpital avec radio et laboratoire d’analyse. Ici, bandelette urinaire, istat (calcul sanguin de certains corps chimiques du sang : ionogramme et hémoglobine surtout). On ne sait donc pas ce qui se passe. Attaque virale ou microbienne. Là, probablement parasitaire. Je crois plus en mon diagnostic de dengue qu’en celui de leptospirose car il n’y a rien sur la bandelette urinaire et dans ses conjonctives, toujours aussi claires, pas de traces jaunes. Il n’y a pas de signe de déshydratation. Le garrot ne montre pas de pétéchies (taches de sang dues au garrot qui fragilise les vaisseaux sanguins traduisant un sang plus fluide).

Australes, Polynésie Française, Tubuaï, tête

Donc pour le moment, on resterait sur une dengue non compliquée. Je surveille, avec l’infirmière, toute éruption cutanée ou gonflement articulaire qui signerait le diagnostic. Jolie casse –tête. Ça c’est de la médecine. Neuronale, proche, de contact, d’observation, d’échange. Pas d’heure, pas de nuit, pas de jour, pas de repas. Comme le chasseur, il faut guetter le moindre signe, la moindre trace. Prise de tête fantastiquement attirante. De quoi attraper des maux de…tête. Je ne vais donc pas tarder à y retourner. Peut-être un signe, une indication. En tous les cas, nouvel examen clinique, bandelette urinaire. Le tout arrosé de 1 gramme de Paracetamol et de 1 gramme d’amoxicilline. En espérant être tranquille cette nuit.

En tous les cas, le centre 15 commence à bien nous connaître. Même nos horaires d’avion ! C’est la troisième fois de la journée que je les appelle.

60 ans, fumeuse. Douleur épigastrique (creux de l’estomac) pulsatile. Avait été vue il y a trois ans pour la même chose, non calmée par un traitement pour les ulcères d’estomac. L’examen est plus facile à 48 Kg ; La palpation abdominale peut être plus poussée, reins, rate, foie, etc… bref, la plupart de nos viscères digestifs, bien cachés dans cette enveloppe que nous entretenons à grands coups de savonnettes et de cosmétiques. Mais là, la masse dans le creux de l’estomac est non seulement douloureuse mais en plus, c’est vrai, elle tape sous les doigts. Une échographie, réalisée par notre SF adorée, montre bien un anévrysme de l’aorte, chiffré à 4.6 cm. La taille normale est de 1.5 à 2.5 cm. Donc scanner à Papeete pour déterminer la taille exacte de cette bombe abdominale et savoir si il y a indication opératoire. L’evasan se fera vendredi. Pas d’avion régulier avant. On attend avec surveillance Mais aucun signe suspect. Pas d’ischémie des membres inférieurs, malgré le Bison.

Australes, Polynésie Française, Tubuai, tête

22 heures. Le gamin a toujours mal à la tête. Guère plus, aucun signe sauf 39.2°… On le revoit à 7 heures demain matin, sauf problème. Il est accompagné de son père pour la nuit et a son téléphone portable pour nous joindre.

51 ans. Diabétique, obèse, hypertendu. Tout pour réussir… son AVC.

Hémiparésie droite avec troubles moteurs prédominants à la jambe droite. Marche avec une canne depuis la veille. L’examen clinique est à l’envi. Tension artérielle au plafond, diabète en flèche,  quintal largement dépassé. Et déjà, tous les traitements possibles : antidiabétiques associés, antihypertenseurs de plusieurs classes, protecteurs vasculaires. Doit-on miser sur un caillot qui a migré, du sol au plafond ? Peut-on croire à un petit saignement ? Pas de mal de tête. Aspirine ou pas ? Par prudence, rien. Il est déjà trop tard. C’est de la veille. Il faut simplement surveiller l’évolution. En espérant, pour ce pauvre type, que ça régresse. Prise de tête.

Juste avant, Skype avec le responsable du développement du nouveau système informatique de santé sur la Polynésie. Nous avons sur le dispensaire de Tubuai environ 2000 dossiers médicaux. Ils sont plantés dans des boites, tête en l’air, parfois tête en bas. Rangés par ordre alphabétique selon un classement particulier. Les enfants mâles bénéficient d’un dossier bleu. Les filles ont un dossier rose. Les titulaires d’une reconnaissance en longue maladie (nos 100%) sont rangés à droite. Les patients relevant du régime général sont classés à gauche. Déjà 4 cases. Prise de tête. Il faut penser aussi à remplir les carnets de santé des enfants(les mêmes qu’en France), les dossiers des visites scolaires, le carnet rouge des grands malades. Bref, je vous laisse imaginer. De 2000 patients nous en trions au moins le double en dossier… papier, bien sûr. Et je viens d’oublier le suivi gynécologique, à part. De quoi criser. Surtout quand on fait de l’informatique depuis 1992. Aux Mages, 3500 dossiers informatisés. Aucune trace papier. Mais sécurisation totale. Sur site distant et disque dur local. Tous les documents sont remis au patient qui gère son dossier. Mise à jour et sauvegardes automatisées. Ne sont gardés que les documents que les patients ne sont pas venus récupérer. Ajouté à cela un logiciel de gestion médicale et vous évitez toute erreur de prescription, tout doublon, toute allergie. Pas difficile à mettre en place. Les logiciels sont pour la plupart gratuits. A 3 « popas » nous pouvons créer les fiches en quelques mois. 5 dossiers par européens et en 6 mois, tout est fait. Le gros problème est la mise en réseau des fiches. Le partage des données n’est actuellement pas possible. Tout est bloqué par le service informatique polynésien qui gère l’ensemble des ordinateurs des archipels. Il est impossible, je le sais par expérience, d’installer un logiciel sur un des PC. Le système tourne avec Excel 97. Pas de macro, pas de choix multiples, pas de menu déroulant. Tout à l’avenant. Prise de tête garantie. On ne peut même pas travailler à domicile sur nos portables. Ou alors il faut enregistrer sur des anciens formats. Kapersky nous bloque de façon systématique. J’ai donc créé un fichier sur Word 97-2003. J’ai ensuite créé un site distant au nom du dispensaire : http://tubuai.e-monsite.com/  pour activer sous mot de passe l’accès aux dossiers médicaux. Et j’ai envoyé le tout à la direction du service informatique de la Polynésie. La réponse n’a pas trainé. J’ai reçu les coordonnées du responsable du nouveau programme informatique qui va s’appliquer au système de santé. Skype avec Fabrice, médecin des Tuamotu Gambier. Il m’explique les tenants et les aboutissants de leurs recherches. Une thèse a été réalisée sur ce sujet. Fabrice, directeur de thèse. Le thésard travaille aux urgences du CH de Papeete. Et, comme par hasard, c’est celui qui s’est occupé de mon épaule ! Le monde est petit. Ils ont trois ans d’avance sur mes réflexions. Ils appliquent déjà sur leur archipel une fiche de synthèse qui ressemble furieusement à la mienne. Il me propose de rentrer dans le groupe « avant-gardiste ». Ok donc pour ajouter l’archipel des Australes dans ce groupe de pression. Car tout est là, encore ! Ils auront ces lendemains une conférence au Taaone sur l’intérêt du nouveau système et espère faire basculer le système hospitalier dans leur camp. Puis, formation des infirmiers à la prise des données sur la fiche. Je les suis, sans problème. Je ne peux pas rester 4 ans avec des dossiers qui font dans les 1000 grammes pour 15 cm d’épaisseur. Ras-le-bol des maux de tête à lire en travers des années de détails de consultations. Le ganglion sous maxillaire droit douloureux du 15 mars 1997 peut être oublié. Bon, ce n’est pas pour cette fin de mois. Mais pour 2014, avec un peu de chance. En tous les cas, un peu d’espoir dans ce monde de paperasses.

Australes, Polynésie Française, Tubuai, tête

Avant Skype ? Mais Facebook. Mon Dieu, comment vivre sans ces merveilleux outils ? Que faisaient-ils dans l’antiquité, avant l’an 2000 ?

Facebook, pas pour moi. Pour mettre sur un « mur » des photos du repas de Noël fait au dispensaire. Je vous laisse à vos réflexions.

Avant, encore ? Eh, bien des consultations, des visites à domicile avec Noël (instants de tranquillité que j’apprécie beaucoup : voyage en front de mer avec lagon pour paysage. Bises à domicile. Confiance partagée. Moments d’intimité partagés). Je n’aurai jamais du ramener seul la camionnette au dispensaire. Les vibrations et les nids de poule m’ont relancés les douleurs. Donc un peu tôt pour enlever l’immobilisation, même si je sens une amélioration.

Avant ? Lovinia au téléphone, sur mail et FB. Que des ennuis sur Rapa. Et jusqu’au bout. Elle finit le 10 janvier. Et se souviendra de son séjour. Casse-tête.

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4 reflexions sur “7 et 8 janvier 2014: Tête

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